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Franck Gintrand : « Une halle conforte le flux, mais n’en crée aucun », FLD Mag, Novembre 2019

Paru le 21 novembre 2019 | dans Analyses
Rédigé par Franck Gintrand

« Le commerce n’a jamais compris que repousser la concurrence en dehors du centre-ville a favorisé la création des centres commerciaux. »

FLD: Les communes multiplient les projets concernant les halles couvertes. Est-ce la solution pour relancer le commerce en centre-ville ?

Franck Gintrand : Les halles sont une solution. Mais je serais tenté de dire : pour les villes dont le commerce se porte déjà relativement bien. En aucun cas, elles ne sont une solution pour les communes dont le taux de vacance commerciale dépasse les 10 %. Une halle conforte, renforce le ux existant, mais elle est dans l’incapacité d’en créer. Le concept de halles s’oppose souvent au détail en magasin de centre-ville. Celui-ci n’a jamais compris que repousser la concurrence hors de sa zone a favorisé la création, en périphérie, des centres commerciaux construits par les foncières de la grande distribution. On a assisté alors à un détournement des ux au détriment du commerce de centre-ville.

FLD: Revitaliser les centres-villes est à la mode avec le programme gouvernemental Action cœur de ville. Qu’en pensez-vous?

F. G. : Je reste très dubitatif sur ce programme doté d’une enveloppe de 5 Md€. On a un peu l’impression que, dans les faits, cela consiste à renforcer à la fois le centre-ville mais aussi les zones en périphérie. Prenez le cas typique de la commune de Gonesse (Val-d’Oise): elle est retenue parmi les 222 villes du programme Action cœur de ville et, en même temps, elle participe au projet de très grande envergure de centre commercial EuropaCity. La mise en œuvre de ces 5 Md€, qui ne sont que le regroupement de plusieurs fonds publics déjà existants, est une vraie perte de temps et d’argent public.

FLD: Que faudrait-il pour « sauver » le commerce de centre-ville ?
F. G. : N’attendons pas des investisseurs privés qu’ils financent les centres-villes sans assurance d’un retour sur investissement. Il faut un moratoire sur la construction des surfaces commerciales en périphérie. Tant que le développement des centres commerciaux n’est pas stoppé, il ne sert à rien de financer une relance des centres-villes. En juillet dernier, un décret a été pris permettant aux maires de suspendre pendant trois ans les autorisations commerciales en périphérie des ORT (opération de revitalisation territoriale). On attend toujours sa mise en œuvre effective.

FLD: Quel est le risque à terme ?
F. G.: À ce rythme, le risque est de voir – une fois les centres-villes vidés – les centres commerciaux mener une course au gigantisme. L’enjeu, aujourd’hui, n’est pas le centre-ville mais de savoir quelle zone commerciale survira à la n. L’autre risque est de voir une bipolarisation de la société entre consommateurs des métropoles, avec un centre-ville actif, et consommateurs du reste du pays: ces « décrocheurs » comme les nomme l’Ifop, qui sont le cœur de cible de la grande distribution. Celle-ci agite le spectre d’un e-commerce dominant qui viendrait bouleverser la distribution. Les ventes alimentaires en ligne, c’est 5 % de PDM dont 4 %assurés par les sites de la grande distribution.

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