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Tops et flops littéraires de la primaire de la droite et du centre de 2016

Paru le 8 octobre 2016 | dans Présidentielles
Rédigé par Franck Gintrand

Peu importe que le livre politique ne soit pas – ou seulement partiellement – lu. Son premier objectif est de faire du buzz. Certains candidats à la primaire en ont même fait un support clef de leur lancement de campagne. D’Alain Juppé à Hervé Mariton, passage en revue des tops et flops médiatiques qui se sont succédés sur les étals des libraires.

Nicolas Sarkozy, roi du plan média

L’ancien chef de l’État domine incontestablement sur ce domaine-là. Son premier ouvrage de reconquête, la France pour la vie, a littéralement explosé les ventes, avec près de 200 000 exemplaires vendus depuis janvier, un chiffre exceptionnel pour un livre politique. Quant à Tout pour la France, sorti le 24 août dernier, son démarrage en flèche (32 000 exemplaires en trois jours) semble lui promettre d’égaler au moins le succès de son prédécesseur. Mais au-delà des seules ventes qui finalement importent peu, Nicolas Sarkozy a réussi un coup de maître médiatique. On ne compte plus les invitations sur les matines, les émissions politiques, et c’est sans parler des innombrables articles de presse qui s’intéressent – à travers le livre – à l’entrée en campagne de l’ex-Président

François Fillon, une question de crédibilité

Plus discret que l’ancien président le député de Paris n’en réalise pas moins une belle performance, avec pas moins de 94 000 exemplaires vendus, de manière plutôt régulière, en un an. Faire apparaît moins comme un outil promotionnel que comme une explication de la ‘’méthode Fillon’’. Quoi qu’il en soit la presse apprécie, et salue un programme travaillé, et abouti. Ce qui vaudra bien sûr au premier entré dans la course de profiter des lumières médiatiques de manière régulière depuis son lancement.

Alain Juppé, sans passion mais avec méthode 

Laissant les anecdotes personnelles à ses concurrents, le maire de Bordeaux s’est lancé dans la rédaction non pas d’un mais de quatre livres programmatiques, réputés plus austères et moins grands publics que les livres plus ‘personnels’ à la Sarkozy. Proposant une analyse fouillée et exposant une vision approfondie de chacun des grands thèmes traités, les trois livres déjà parus ont connu une audience honorable : 19 000 exemplaires pour Mes chemins pour l’école, 46 000 de Pour un État fort, et 30 000 de Cinq ans pour l’emploi.  Les retombées médiatiques sont limitées, les projecteurs se concentrant plutôt sur l’homme qui mène la course que sur sa prose. Lui-même en fait relativement peu la promotion, à l’exception notable de Pour un État fort.

Bruno Le Maire, pas mal mais aurait pu mieux faire

‘’Ne vous résignez pas !’’, nous enjoint-il. On trouvera sans peine un faux-air hesselien au manuscrit du député de L’Eure.  Ode au renouveau et au cassage des codes, le livre se veut porteur d’un message fort et mobilisateur, un appel à reprendre confiance et son destin en main. Avec 34 000 acheteurs, l’ancien ministre de l’Agriculture signe une bonne performance dans le palmarès de la primaire littéraire. Mais c’est un succès en demi-teinte pour l’écrivain à succès dont il a désormais la réputation. D’autant que les retombées médiatiques ont été relativement limitées. Bruno Le Maire profite peu de l’effet d’aubaine pour écumer les plateaux télés, privilégiant le lancement de sa campagne sur le terrain. Un coup d’épée dans l’eau diront certains.

Jean-François Copé, un coup sans lendemain

Il en avait fait la pierre angulaire de son retour. Force est de constater qu’avec seulement 6000 exemplaires écoulés depuis janvier, l’ancien Président de l’UMP a raté son coup. L’opération était pourtant rondement menée et servait de prétexte à une large opération com pour accompagner son retour sur la scène nationale, après 18 mois de diète médiatique. Certes, Jean-François Copé a enchaîné les matinales, et les émissions politiques pendant plusieurs semaines pour faire la promotion de son livre… et diffuser son message : « j’ai changé ». Un thème qui ne convainc visiblement pas plus que le registre émotionnel sur lequel il est décliné. L’emballement médiatique finit par retomber comme il était monté, renvoyant le candidat et ses écrits dans les tréfonds de la primaire où se bousculent tant de petits candidats.

Nathalie Kosciusko-Morizet, un lancement globalement raté

En a-t-elle trop fait d’un coup ? En annonçant coup sur coup son divorce, sa candidature, et la sortie de son livre Nous avons changé de monde, le tout pendant la journée de la femme, NKM a, semble-t-il, saturé son propre espace médiatique. Certes, le symbole était fort. Certes, elle a réussi à créer le buzz, et à enchaîner les émissions politiques pendant une semaine. Mais avec 5500 exemplaires vendus depuis mars, l’ancienne ministre de Sarkozy n’a pas réussi à convaincre les Français qu’ils avaient changé de monde sans s’en rendre compte. Incapable de démarquer son ouvrage dans la jungle du rayon politique des librairies, elle souffre également d’une désaffection médiatique. Mais avec une récolte de parrainages qui patine, sans doute a-t-elle d’autres chats à fouetter que de promouvoir son manuscrit.

Hervé Mariton, en queue de peloton

Malgré son titre aux accents révolutionnaires, le Printemps des Libertés n’a pas suffi à combler le manque cruel de notoriété du député de la Drôme. Rarement invité par les émissions à forte audience, le candidat autoproclamé libéral-conservateur reste dans la queue de peloton en termes d’intention de votes. Quant à son livre, s’il a fait l’objet de quelques articles, est loin d’avoir généré l’emballement médiatique dont ont bénéficié presque tous ses concurrents : 1 200 exemplaires depuis sa sortie en mars, c’est indéniablement un mauvais score, même pour un essai politique, et encore plus pour un candidat à la primaire. Après un score honorable lors de la course pour la Présidence du Parti, le printemps d’Hervé Mariton semble définitivement passé.

Nadine Morano, le livre qui n’existait pas

Zéro. Avec zéro livre vendu, l’ancienne ministre tient la palme. Certes, cela tient peut-être au fait qu’elle ne l’a pas encore publié. Annoncée au printemps, la sortieTous des lâches ! a finalement été -officiellement – repoussée à l’automnePour ne pas dire repoussée sine die, ou même annulée ? Car c’est là le pari qu’un certain nombre d’observateurs commencent à faire : le livre ne sortira jamais.  En cause ? Son rapprochement avec Nicolas Sarkozy, à propos duquel elle confiait récemment « qu’il est drôle quand il est de bonne humeur ». Il est vrai qu’après le déjeuner au cours duquel ils ont officiellement enterré la hache de guerre, la candidature de Morano semble de moins en moins probable. A la traine dans la quête aux parrainages, il semblerait qu’elle ait choisi de rejoindre l’écurie de son champion, pour, qui sait ? réintégrer le cercle de ses proches en cas de victoire à la primaire.

Personnel ou programmatique, le livre de campagne semble plus incontournable que jamais. Il semble même indispensable pour faire passer un message global et cohérent dans un univers médiatique pressé qui se préoccupe plus de phrases chocs et de déclarations à l’emporte-pièce que de réflexion de fond. C’est du moins la théorie. Dans la pratique, les candidats vendent leur image, leurs valeurs, leur style avant tout, et le livre n’est dans tout cela qu’une pièce du puzzle, un moyen supplémentaire de faire parler de soi, et d’être invité par les grands du monde médiatique. Et si jamais des gens s’aventurent à le lire, cela n’est jamais qu’un bonus de bon augure.

Franck Gintrand

Revue de presse

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