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Les maires doivent-ils encore croire en leur centre-ville – La Tribune – 02/10/2014

Paru le 2 octobre 2014 | dans Urbanisme
Rédigé par Franck Gintrand

 

La crise des centres-villes ne fait plus de doute. C’est le nouveau marronnier de la presse quotidienne régionale, voire des médias nationaux. Le JT de 13h de TF1 du 9 septembre 2014 y consacre même quelques minutes. « A bout de souffle », « dévasté », « crise », « moral en berne », « désertification»… Le champ lexical utilisé par la presse est alarmiste et le désarroi des maires semble total. Les élus sont-ils impuissants pour autant ? Sont-ils contraints à observer, passifs, les rues se vider, les commerces mettre la clé sous la porte, et leur ville se paupériser ? La tendance est incontestablement mauvaise. Mais les maires et présidents d’intercommunalité ont plus de cartes en main qu’ils ne l’imaginent.On comprend que les maires puissent douter

C’est vrai que les commerçants ne facilitent pas la tâche des élus. Un tramway ou un arrêt de bus, des rénovations, l’aménagement d’une voie piétonne, l’ouverture d’un centre commercial au cœur de la ville… ces opérations d’urbanisme se heurtent à une opposition d’autant plus déterminée de la part des commerçants qu’ils ont le sentiment d’être placé devant le fait accompli. Les maires, qui ont fini par le comprendre, et pas seulement à droite, et jouent désormais la carte de la concertation.

C’est vrai aussi que les politiques menées n’ont pas toujours rencontré le succès escompté. Face à un problème structurel devenu difficile à enrayer, les centres-villes ne sont pas aidés comme l’ont été les banlieues. Aujourd’hui, les politiques cosmétiques montrent leurs limites. A moins d’opter pour une résignation qui ne dit pas son nom ou se limiter à ralentir le déclin, il ne suffit plus d’organiser des animations pour espérer redynamiser un centre-ville. Chacun sait qu’une fois la fête terminée, la réalité n’aura en rien changé.

Les zones franches ont fait du mal

C’est vrai également que les zones franches ont parfois fait beaucoup de mal. Dans certaines villes, le recours à cette possibilité ont créé un véritable effet d’aubaine. Des professions libérales sont parties du centre pour s’installer en zone franche. Le quotidienl’Aisne Nouvelle s’en faisait l’écho en 2013 : la zone franche de la ville de Saint-Quentin, 56 000 habitants « aurait participé à la désertification du centre-ville ».

C’est vrai, surtout, qu’il est plus facile de faire de l’urbanisme commercial en périphérie et qu’en ces temps de crise, les élus, à travers les Commissions Départementales de l’Aménagement Commercial, hésitent à deux fois avant de refuser de nouvelles implantations commerciales en périphérie. Avec plus de 85% d’autorisations en 2013, ces CDAC sont d’ailleurs devenues de véritables « machines à dire oui ».

Mais les maires ont des cartes en main

Les élus locaux disposent d’abord d’outils d’aménagement urbain efficaces dont la « Zone d’Aménagement Concerté » qui leur permet de rénover et de réaménager en profondeur toutes les composantes d’un quartiers (logements, bureaux, commerces, patrimoine, équipements structurants…). Introduit par la loi d’orientation foncière du 30 décembre 1967, ce type d’opération représente un chantier de longue haleine et des contraintes lourdes. Mais c’est souvent la seule solution qui offre des garanties importantes : impact économique fort, cohérence et mixité des fonctions, partenariats avec le privé pour financer des équipements publics. Un exemple parmi beaucoup d’autres : c’est en recourant à une ZAC, Boulogne-Billancourt a créé un véritable cœur de ville autour d’un nouveau lieu d’animation urbaine, commerciale et culturelle. Aujourd’hui, le cinéma Pathé fait salle comble et l’espace commercial « Les Passages de l’Hôtel de Ville » a obtenu de nombreux prix.

Faciliter la circulation et le stationnement

Parallèlement à une politique d’urbanisme cohérente, les élus ont la possibilité de faciliter la circulation et le stationnement. Lorsqu’on interroge les commerçants ou les riverains sur l’accessibilité du centre-ville, la réponse est souvent la même. Les places de stationnement sont trop rares, trop chères, ou les deux à la fois. Dans les villes moyennes – de 20 000 à 100 000 habitants- où 70% des déplacements se font en voitures, les consommateurs choisissent alors la solution la plus simple : ils font leurs courses en périphérie. Suite aux élections de 2014, des de villes moyennes ont commencé à tendre la main aux automobilistes. A Roubaix, les voitures ont fait leur retour sur la Grand’Place. A Angers, le stationnement gratuit a été introduit. L’avenir dira si ces expériences sont concluantes mais elles reposent aujourd’hui sur la conviction que la politique des grandes villes en faveur des piétons et des vélos n’est pas toujours applicable telle qu’elle aux plus petites communes.

Offrir un environnement valorisant aux enseignes qui cherchent une image prestigieuse

Autre atout important : les centres-villes offrent plus de fonctionnalités que les zones commerciales. C’est même le seul lieu où patrimoine, culture, services administratifs… s’ajoutent à l’offre de commerces existante. Certaines enseignes misent d’ailleurs fortement sur les centres-villes, aux loyers plus coûteux, certes, mais à l’image plus prestigieuse que les zones périphériques dédiées à la consommation de masse. C’est le cas des moyennes surfaces, grands magasins ou supermarchés, qui jouent la carte de la proximité et d’une offre moyen/haut de gamme. Les centres-villes ont besoin de ces locomotives commerciales pour renforcer leur image et rassurer les commerçants indépendants. Encore faut-il que les élus leur offre un environnement valorisant et des locaux adaptés, les convainquent de venir et d’y rester. Un lobbying inversé, en quelque sorte, avec le premier magistrat au cœur du dispositif. Et ce n’est pas quand tout va mal que ce travail de fond doit être entamé…

L’incontournable montée en gamme

De façon générale, les centres-villes n’ont pas d’autre choix que de monter en gamme. Mais cet objectif peut et doit prendre des formes différentes en fonction du capital d’attractivité de chaque commune. Trop de villes moyennes ont péché par excès d’orgueil ou de confiance en elles. A vouloir imiter les grandes agglomérations dans leur politique de circulation et de stationnement, elles ont multiplié les contraintes des automobilistes et surestimé leur motivation à venir coûte que coûte en centre-ville. Cette évidence ne remet pas en cause une tendance de fond sur la plus grande place à réserver au piéton mais elle conduit à privilégier aujourd’hui l’essentiel : le renforcement du cadre de vie et de l’offre commerçante.

Franck Gintrand, Directeur général de Global conseil corporate

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