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Après Caen, Ikea trébuche sur Arlon – La Tribune – 09/10/2014

Paru le 2 octobre 2014 | dans Politique extérieure de l'entreprise
Rédigé par Franck Gintrand

Accueilli triomphalement dans les villes où il choisit de s’implanter, le géant suédois n’hésite pas, une fois implanté, à réclamer davantage de mètres carrés pour renforcer l’attractivité de son enseigne. Mais cette stratégie du « pied dans la porte » n’est pas toujours bien ressentie : après Caen, la ville belge d’Arlon vient d’opposer un refus catégorique à l’extension d’Ikea.

 Avec sa gare magnifique, sa dizaine d’édifices religieux, ses deux musées et son titre de « plus ancienne ville de Belgique », Arlon mérite le détour. Ancienne place forte, la commune a du caractère. Un sacré caractère même. Le lion rouge qui lui sert de blason sait rugir quand il le faut : en 1793 aux côtés des révolutionnaires français, lors de l’invasion allemande en 1940 ou, plus récemment, quand la ville décide de mettre un terme au jumelage avec la commune française d’Hayange passée du PS à l’extrême-droite aux dernières élections municipales.

Pour les élus belges, l’extension du géant suédois menacerait le centre-ville d’Arlon

Alors quand le magasin Ikea du coin, fort de son million annuel de visiteurs, annonce en mars avoir « décidé de s’agrandir », la ville d’Arlon ne se laisse pas impressionner. D’autant qu’après avoir parlé de 5000 mètres carrés supplémentaires, l’enseigne crée la surprise en déposant une demande de 10 000 mètres carrés pour accueillir des enseignes d’équipement de la maison  mais aussi de sport et de puériculture. Une demande qui, après avoir provoqué l’opposition immédiate des commerçants du centre-ville, vient d’être rejetée à l’unanimité par le « collège échevinal » arlonais. Pour les élus locaux belges, cette extension n’aurait « aucun impact positif sur le commerce de centre-ville ». Au contraire, elle constituerait « plutôt un frein à une fréquentation accrue du centre-ville. » Quant aux emplois annoncés, il s’agit, de l’avis des élus, d’un simple transfert de la main-d’œuvre d’un site à l’autre.

Une autre demande d’extension rejetée à Caen

Ce n’est pas la première fois que l’enseigne doit faire face à des élus qui, après lui avoir réservé un accueil triomphal, sont irrités par ses appétits. La France connaît même un précédant : Caen. L’affaire remonte en 2008. Cette année-là, Ikea  fait une demande d’implantation sur la commune de Fleury-sur-Orne, en périphérie sud de l’agglomération normande. Ce projet est validé par la CDAC et réalisé, avec le soutien du maire de Caen, dans la mesure où il ne pose aucun problème de concurrence avec les commerces du centre-ville de Caen. Mais en 2011, alors que le magasin IKEA vient d’ouvrir, le promoteur suédois Inter Ikea dépose un projet d’agrandissement autour d’une grande galerie commerciale de 30 000 mètres carrés, composée d’un hypermarché de 6000 mètres carrés, de 70 boutiques. Un projet totalement modifié et qui contrevient à tous les engagements pris auparavant.

Bras de fer avec les élus et les commerçants

Ce revirement soulève un tollé de la part des élus de l’agglomération caennaise mais ne perturbe pas un instant Ikea. La sympathie dont bénéficie l’enseigne, sa force de frappe et le nombre de ses clients lui donne une confiance qui, comme à Arlon, peut friser l’arrogance. Le directeur Europe du groupe, Richard Vathaire, n’en démord pas et évoque « un projet commercial global majeur pour l’attractivité de l’agglomération de Caen, qui ouvrira en 2014 ». En janvier 2012, dix jours avant la remise officielle du projet à la CDAC, le maire de Caen, Philippe Duron essaie de le convaincre de retirer son projet, et de participer à une concertation avec les commerçants de la région caennaise pour en élaborer un nouveau. Sans succès. La CDAC accepte l’extension mais plusieurs recours sont déposés par les commerçants pour casser la décision. Fait rare, quatre mois plus tard, la CNAC refuse à l’unanimité le projet Inter Ikea. Les élus et commerçants de Caen ont gagné. L’agrandissement de la zone Ikea à Fleury-sur-Orne est refusé.

Arlon vient confirmer que, dans une période de crise, les demandes d’extension ne sont peut-être plus acceptées aussi facilement que par le passé. L’enseigne suédoise qui mise sur cette stratégie pour accroître la rentabilité et la fréquentation de ses magasins, devrait très rapidement savoir s’il s’agit de cas isolés ou d’une tendance de fond…

Franck Gintrand

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