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Mais qu’elle est la finalité ultime du vote ? Au sujet de Vox Populi d’Olivier Christin

Paru le 12 mars 2014 | dans Fabrique de l'opinion
Rédigé par Franck Gintrand

Dans un livre aussi intelligent qu’érudit – les deux ne vont pas toujours de paire – Olivier Christin retrace l’histoire du vote, non pas à l’époque de la démocratie athénienne, mais depuis le moyen âge jusqu’à la révolution. On découvre ainsi que la suprématie du régime monarchique n’empêchait pas le vote d’être largement pratiqué pour prendre des décisions et sélectionner des représentants. Pourquoi cette émergence et ce maintien du vote ? C’est toute la question. Une question qui reste malheureusement en suspens. Bien sûr,  Olivier Christin nous rappelle que le vote n’a pas alors vocation à traduire de la façon plus efficace et la plus juste une volonté collective mais à exprimer une volonté d’origine divine. Cela dit, au-delà de l’idéologie qui légitime ce mode de décision et de sélection – et à laquelle l’auteur consacre de beaux passages -, la raison du recours au vote reste posée. Une hypothèse est bien avancée mais elle reste peu convaincante : le vote permettait de renforcer – et non pas de lutter contre – la reproduction sociale des élites. C’est en grande partie vrai. Le vote a consolidé la hiérarchie sociale. Mais le vote n’était pas, loin s’en faut, la seule façon d’y parvenir. La cooptation mais surtout l’hérédité auraient tout aussi bien fait l’affaire. Une autre hypothèse semble plus vraisemblable : le vote permettait d’éviter ou en tout cas de limiter l’accaparement du pouvoir par les mêmes individus et les mêmes familles. C’est contre une dérive héréditaire  du pouvoir dans une société où les liens du sang étaient essentiels que les communes et l’Eglise se sont efforcées de lutter. Et avec succès. Ni l’auteur, ni l’éditeur n’en font la thèse centrale du livre. Dommage. Car si la reproduction sociale des élites est une réalité que nul ne songe contester à l’époque, le fait que ce soit toujours les mêmes qui occupent les plus hautes responsabilités semble proprement impensable. Pourquoi ? C’est en fait la question derrière la question…

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