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Les 20 plus beaux coups de communication de la Ve république : L’express titre sur Monsieur X en 1963

Paru le 5 février 2014 | dans Politique
Rédigé par Franck Gintrand

Entendu comme une façon délibérée de créer l’événement, le coup de com’ politique est moins fréquent qu’on le pense et, surtout, moins réfléchi et donc réussi qu’on l’imagine.  De « Monsieur X » à Rachida Dati posant comme un manequin dans Paris-Match, retour sur les vingt plus célébres coups de com’ de la Ve république.

Rappel des faits

A plus d’un an de la première élection du président de la république au suffrage universel direct, L’Express titre le 19 septembre 1963 « Monsieur X contre de Gaulle ». L’hebdomadaire fait un portrait dithyrambique de ce candidat mystère aux premières élections présidentielles au suffrage universel. Il s’agit en réalité de Gaston Defferre. L’opération est exécutée en accord avec lui. Trois mois durant, L’Express complète le portrait du candidat. Plusieurs noms sont évoqués (François Mitterrand, Maurice Faure, et même le gaulliste Chaban-Delmas) mais il apparait rapidement que « Monsieur X » a de nombreux de points communs avec le maire de Marseille. Celui-ci laisse planer le doute lors d’une intervention remarquée aux Mardis de l’ESSEC le 29 novembre 1963. Le 12 janvier 1964, à Marseille, il déclare officiellement sa candidature, expose son programme et annonce qu’il ne négociera pas avec le parti communiste.

Qui sont les protagonistes ?

JJSS : un journaliste politique très engagé

Fils du codirecteur des Echos et fondateur de L’Express, fasciné par les Etats-Unis et Kennedy, l’homme est proche de  Pierre Mendes France et de ses idées, résolument hostile à De Gaulle et opposé à son retour aux affaires. Suite au raz de marée gaulliste en 1958, la diffusion de son magazine s’effondre. C’est alors que François Mitterrand et Charles Hernu le convainquent de soutenir Gaston Defferre pour porter les couleurs de la gauche modérée et du centre qui pourrait devenir le grand parti démocrate français que JJSS rêve de voir émerger.

Gaston Defferre : l’homme du centre ?

Maire de Marseille depuis 1953, ministre de la Marine marchande et surtout de la France d’outre-mer en1956-1957, Gaston Defferre est l’auteur d’une loi-cadre organisant une décolonisation sans heurts de l’Afrique francophone. Depuis 1958, il s’est replié au Sénat après avoir été battu aux législatives. N’ayant jamais exercé les responsabilités de président du Conseil ni de chef de la SFIO, il conserve la réputation d’un homme de consensus : « J’ai la prétention d’être un bon maire. Je crois avoir été un ministre acceptable. », déclare-t-il le 29 novembre 1963.

Quelles conséquences ?

En refusant de renverser la direction de la SFIO à son profit mais surtout en rejetant toute alliance avec le parti communiste pour ménager le centre droit, Gaston Deferre compromet d’emblée ses chances de réussite. Crédité de 24% des intentions de vote (contre 42 % pour le Général), début 64, il se heurte très vite à l’opposition de ses « amis » politiques avant de jeter l’éponge malgré sa confortable réélection à Marseille. Alors que Gaston Defferre développe son idée d’une « Fédération » s’ouvrant aux centristes du MRP, Mollet et Mitterrand manifestent leur désapprobation. Un terme est mis aux négociations entre la SFIO et le MRP centriste en juin 1965. Huit jours plus tard, Defferre tire les conséquences de cet échec, en renonçant à sa candidature : « Il ne peut être question pour moi, explique-t-il, de lancer un appel au peuple contre les partis politiques. » L’idée d’un grand mouvement démocrate, inspiré du modèle américain et du président Kennedy, échoue avant même d’avoir pris son envol. Ce sont finalement François Mitterrand et Jean Lecanuet qui porteront respectivement les couleurs de la gauche et du centrisme lors du scrutin de décembre 1965.

Notre appréciation

« Monsieur X » est un coup de communication plus impressionnant que réussi.

Pour l’Express qui traverse une période difficile, l’opération contirbibue incontestablement à doper les ventes. Mais le redressement spectaculaire et durable du magazine doit moins à ce coup de com’ qu’à l’adoption d’une nouvelle formule : celle du newsmagazine, inspirée du Spiegel et du Time.

D’un point de vue politique, la Une du journal contribue à lancer la candidature de Gaston Defferre mais le succès de ce lancement se heurte rapidement aux réalités politiques de l’époque. Pour s’imposer le maire de Marseille aurait du prendre la direction de la SFIO. Rien ne dit qu’il y serait parvenu mais faute d’avoir essayé, la direction de la SFIO a tout mis en oeuvre pour faire échouer les négociations avec les centristes.  C’est à ce moment là que Gaston Defferre échoue définitivement, preuve s’il en est qu’un bon coup de com’ ne vaut jamais une bonne stratégie…

A lire : Un article très détaillé et parfaitement documenté sur l’élection de 1965 « Les dessous d’une campagne » par François Broche« 

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