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Illusion de l’unanimité et intelligence collective. Quelques réflexions au sujet des « Décisions absurdes » de Christian Morel – Journal du net

Paru le 17 juin 2012 | dans Notes critiques
Rédigé par Franck Gintrand

10 ans après un premier essai sur le même thème, Morel revient sur les racines de l’absurdité.

En résumé : Après avoir exploré les facteurs qui peuvent conduire à prendre une mauvaise décision, Christian Morel s’attarde dans ce nouvel opus sur la meilleure façon de faire un choix. Objectif : formaliser les « métarègles de la fiabilité » au moment de la décision et en phase d’exécution. Comme dans le premier tome des Décisions absurdes,  l’auteur s’appuie sur des exemples concrets où l’erreur d’expertise peut avoir des conséquences graves : aéronautique, nucléaire, chirurgie…

Pourquoi le lire : sur la collégialité des décisions, l’évaluation des règles déjà en vigueur ou encore de l’acceptation des erreurs, Christian Morel ne dit rien d’iconoclaste, ni même de bien original. Si un fossé subsiste entre la théorie et la pratique, le discours et l’action, personne ne prône pour autant l’autocratie, l’absence d’évaluation ou la répression systématique et impitoyable des fautes.

La réflexion de l’auteur devient plus intéressante sur les « biais de perception » et l’ambiguïté du langage auquel il avait consacré l’essentiel de son premier ouvrage. Mais le chapitre consacré à l’intelligence collective est de loin le plus riche d’enseignements.

Pour le sociologue, pas d’intelligence sans débat, ni divergence persistante au moment de la conclusion. Contrairement à l’opinion commune qui pose la recherche du consensus comme une fin en soi, il faudrait voir dans toute décision prise à l’unanimité le résultat d’un déficit d’argumentation et de confrontation. C’est parce qu’il repose sur cette conviction que le droit talmudique prévoit l’acquittement d’un accusé condamné à l’unanimité. Et c’est en raison du même principe qu’un médicament accepté par tous les membres d’un comité compétent devrait entraîner l’interdiction de sa commercialisation. Une position excessive ? Cette question mériterait justement d’être débattue. Trop souvent le consensus est valorisé, la minorité se range à l’avis dominant (celui du nombre ou de la hiérarchie), le silence de la minorité étant interprété par le groupe comme la preuve d’un accord tacite.

Pour éviter cette « illusion de l’unanimité » qui conduit généralement à une polarisation des positions (y compris modérées), Christian Morel donne quelques recettes : pas plus de douze participants pour une réunion de trois heures, effacement des signes d’autorité, désignation d’un « avocat du diable » ou encore tours de table systématiques. Des conseils précieux à l’heure où la spécialisation croissante des fonctions menace la cohérence d’ensemble et où la communication transversalle n’a jamais été aussi indispensable pour garantir une bonne coordination des expertises. Pour tous ceux qui sont convaincus de la supériorité de la décision collective sur l’autocratie, le livre de Christian Morel vient rappeler que la démocratie n’est pas seulement une affaire de justice mais aussi d’intelligence.

Franck Gintrand

Les décisions absurdes II. Comment les éviterEditions Gallimard – Bibliothèque des Sciences Humaines – 2012

 

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