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L’électeur du Front national : franchement décomplexé, un poil plus féminin mais globalement inchangé

Paru le 11 février 2012 | dans Présidentielles
Rédigé par Franck Gintrand

Un changement mais pas de révolution

Après une forte augmentation début 2011 (+7% environ), les intentions de vote en faveur de Marine Le Pen n’ont plus bougé depuis un an (entre 16 et 20%). 500 signatures ou pas, l’éventualité d’un nouveau « 21 avril » – à l’envers ou à l’endroit – semble désormais exclue. S’agit-il pour autant d’un échec ? Difficile à dire. D’un côté, le leader du FN peut s’appuyer sur un électorat plus solide, plus féminin et plus décomplexé. De l’autre, l’électorat du FN n’a pas changé : toujours majoritairement d’origine populaire, il est plus que jamais centré sur le thème de l’immigration.

Banalisation du (vote) FN

C’est la grande nouveauté de ce scrutin : jamais la crainte du FN n’a été aussi faible. Selonle baromètre d’image 2012 établi par TNS Sofres, ce parti n’est considéré comme un danger pour la démocratie que par 53% des Français, soit une baisse de 3 points par rapport à la précédante enquête réalisée en 2011. Inversement, la proportion de Français déclarant partager les idées du FN augmente. Toujours selon le baromètre TNS, ils sont aujourd’hui 31% contre 22% en 2011.

Les conséquences de cette banalisation sont de quatre ordres. D’abord, les intentions de vote en faveur du FN n’ont jamais été aussi élevées qu’à la veille de cette élection présidentielle. Ensuite, elles sont ouvertement assumées ce qui réduit très fortement le risque de sousévaluation par les sondages. Devenu un acte d’adhésion, l’intention de vote présente une stabilité et une solidité, là encore, jamais atteintes par Jean-Marie Le Pen.

Mais une des conséquences de cette banalisation rend aussi le FN paradoxalement plus ouvert sur la droite classique. Il est de plus en plus vu par son propre électorat comme un parti potentiellement de gouvernement (ce qui n’empêche pas que lui sont reconnues des lacunes comme, par exemple, sa capacité à gérer la crise financière et économique). Selon un sondage CSA de janvier 2011, la majorité des sympathisants FN (54% d’entre eux) souhaitent voir une alliance se nouer avec l’UMP au niveau national. 

Quelques glissements

Les intentions de vote FN ont progressé dans toutes les professions entre juin/octobre 2010 et février/mars 2011, à l’exception des professions intermédiaires (selon un sondage Ipsos de mars 2011). Chez les artisans ou commerçants, on passe de 13.5% à 21%, chez les employés de 18.5%, à 34.5%. La progression s’observe même au sein des professions libérales et cadres supérieurs où les intentions de vote passent de 6.5% à 12%. Faut-il aller jusqu’à dire que les classes moyennes supérieures sont de plus en plus attirées par le vote FN version Marine ? C’est sans doute très excessif car si le vote FN est fragile, c’est bien sur cet électorat. C’est là que les hésitants risquent en dernière minute de choisir un vote plus responsable et sans doute plus utile dans une logique de second tour.

Le même constat peut être fait au niveau de l’électorat féminin. Avec l’arrivée de marine le Pen à la tête du Front National, les femmes sont plus nombreuses dans l’électorat frontiste. Aux dernières cantonales (2011), 15% d’entre elles ont voté FN (contre 16% des hommes). L’image d’une femme (Marine), qui plus est appartenant à la même génération que l’électorat cible du FN (30-54 ans), a contribué a changé la donne. Un sondage Ipsos de mars 2011 montre ainsi que les intentions de vote des femmes en faveur du FN sont passées de 14% en juin/octobre 2010 à 20.5% en février/mars 2011. 

De grandes constances

Première constante : plus le niveau de diplôme est bas, plus on a de chance de voter FN. C’était le cas sous Jean-Marie Le Pen, ça l’est encore avec Marine puisque selon un sondage Ifop de mars 2011, la catégorie qui juge le plus possible de voter Marine Le Pen sont les sans diplôme (36%). C’est confirmé par Nona Meyer, chercheuse au Cevipof, qui rappelle qu’à la présidentielle de 1995 et aux législatives de 1997, 30% des 18-24 ans sans baccalauréat ont voté FN (contre 15% sur toute la population).

Deuxième constante : l’extrême-droite s’appuie sur un électorat populaires et âgé : ouvriers, les employés, les chômeurs et les retraités. En novembre 2006, selon un sondage Ifop, les ouvriers représentaient 25% de l’électorat FN, les employés 22%, les retraités 25%. Aux cantonales de 2011, le FN a conforté ses positions au sein de ces électorats. D’ailleurs, en janvier 2011, une étude CSA démontre que les professions qui se sentent « souvent d’accord » avec les positions du Front National sont les artisans, commerçants et chefs d’entreprises (41% d’entre eux) et les ouvriers (25% de la catégorie). En janvier 2011, les ouvriers étaient la seule profession à penser majoritairement que Marine Le Pen pouvait arriver au second tour (54% selon un sondage Ifop). Quant au baromètre d’image 2012 du FN, 40% des ouvriers sont d’accord avec les idées du FN.

Troisième constante : les ruraux sont plus enclins à voter FN que les citadins. 36% des habitants des communes rurales se déclaraient prêts à voter pour elle en 2012 (sondage de mars 2011), contre 27% dans les communes urbaines de province et 19% dans l’agglomération parisienne. En novembre 2006, un sondage Ifop démontrait que 30% des électeurs FN vivent dans une commune rurale. Le baromètre d’image 2012 du FN montre par ailleurs que 41% des habitants des zones rurales sont d’accord avec les idées du FN.

Quatrième constante : les hommes sont toujours plus enclins que les femmes à voter FN, même si, avec la présence de Marine, l’écart s’est résorbé. L’étude Ifop de mars 2011 démontre que 32% des hommes interrogés jugent probable de voter Marine si elle est candidate, contre 24% des femmes.

Cinquième constante : les idées défendues par le FN n’ont pas changé pour ses électeurs (comme du reste pour la majorité des Français). Un sondage Ifop de décembre 2010 (à relativiser car marine Le Pen n’était pas encore présidente, malgré une présence médiatique déjà forte) démontre que pour 84% des Français, les idées et la manière de les défendre du père et de la fille sont « proches ». Le résultat est similaire toutes classes d’âge confondues et toutes professions confondues (avec toutefois les artisans/commerçants qui se démarquent puisqu’ils ne sont que 71% à les juger « proches »).

Franck Gintrand 

Revue de presse

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