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Etre Maire d’Issy et d’ailleurs selon André Santini

Paru le 27 janvier 2012 | dans Images du pouvoir
Rédigé par Franck Gintrand

Définition santinienne

Connu pour ses mots d’esprit et sa participation aux « Grosses têtes », André Santini est surtout maire d’Issy-les-Moulineaux depuis 1979 et bien décidé, semble-t-il, à mourir sur Seine.

Un brin mégalo et un poil rigolo, André Santini est l’auteur d’un dictionnaire sur lui-même, la Corse, le microcosme politique et ce mandat de maire auquel il se dévoue corps et âme depuis plus de quarante ans. Au fil des pages il dessine le profil d’un élu bâtisseur et adepte de l’environnement, partisan des nouvelles technologies et du toque-menotte, jouisseur et bosseur. Le profil du bon maire à Issy si on s’en tient à ses réélections successives et aux succès de la ville. Mais la recette vaut-elle pour ailleurs ? A vous d’en juger.

Toque-menotte et clics souris 

E-maire

E-militant de la première heure, André Santini est à l’origine du premier conseil municipal interactif (retransmission des échanges par internet), adepte du vote électronique et du panel citoyen (850 habitants interrogés tous les trois mois par internet), bref de « la démocratie participative avant Ségolène Royal » sans parler de la mise en place d’un numéro unique, IRIC (Ici Réponse Information Service), recevant près de 8000 appels par jour… Une passion pour les « NTIC » ? Sans doute, mais une passion raisonnée emprunte de distance et d’un certain bon sens. Selon Santini, la blogosphère est ainsi le royaume de l’anonymat et de la rumeur, un avis qui n’est pas sans rappeler le mot de Jacques Séguéla. « Elle n’est pas l’opinion publique mais un « défouloir anti-démocratique » diffusant les propos logorrhéiques de quelques pseudo-spécialistes ».  

Maire tout terrain

Si la loi du terrain est d’airain c’est bien à l’échelon du local. André Santini en est à ce point convaincu qu’il affirme conseiller aux jeunes élus « Accrochez vous à votre circonscrption, comme une bernique à son rocher ! ». Sa méthode ? Toque menotte et porte-à-porte.  »Le porte-à-porte, en politique, est ce qu’il y a de plus difficile, mais indispensable. On en prend des claques ! (…) Ca ne vous rapporte pas de voix, mais si vous ne le faites pas, ça vous en coûte.

Maire aimant

André Santini met un point d’honneur à ne pas laisser sans réponse « un carton de condoléance, un avis de naissance, une plainte ou un remerciement ». Etre élu c’est aimer ses électeurs. C’est aussi les respecter. Question de politique mais aussi de politesse : « Je me tue à répéter à mes fonctionnaires que le premier geste de considération est de répondre (rapidement) aux gens ». André Santini n’est-il pas avec François Bayrou, le concepteur du slogan de Force démocrate « le parti des gens qui aiment les gens » ? Une invention qui n’est pas sans imposer quelques devoirs mais qui se révèle payante à l’usage. « J’ai beau avoir transformé ma ville et y avoir apporté 30 000 emplois, si les Isséens continuent à m’élire, c’est parce qu’ils ont le sentiment que je les aime (…) Ils ne supportent pas que l’on m’attaque, que l’on me bouscule. Ils se sont habitués à moi ». 

Imagination, anticipation, vision

Maire imaginatif

Outre l’intérêt qu’il porte aux technologies de l’information, André Santini n’hésite pas à innover dans des domaines plus inattendus. Plutôt que d’arrêter le travail, il propose ainsi à ses fonctionnaires (ceux de la mairie, pas ceux de l’Etat) de manifester leur participation à la grève par le port d’un brassard affichant « Fonctionnaires en grève ». « J’avais expliqué aux employés qu’une grève était difficilement explicable dans une collectivité locale et source de « pagaille » dans les services municipaux ». A l’exception de François Chérèque qui rétorqua « Et pourquoi pas une plume dans le cul ? », l’initiative fut, toujours selon le maire, très appréciée. Par qui ?  »Le Santini » ne le dit pas…

Maire visionnaire

Même s’il se garde d’en dire trop sur sa vision de demain d’Issy (histoire de ne pas susciter d’inutiles divisions), André Santini place l’imagination au pouvoir (pour attirer les entreprises ou inspirer de la fierté aux habitants) et la stratégie aux manettes (« Comme aux échecs, il faut calculer trois ou quatre coups pour mener une action en profondeur »). André Santini dit ainsi avoir compris le déclin de l’industrie et contribué à la tertiarisation du 92 alors que le 93 (pourtant au même niveau) optait pour l’immobilisme. Adepte de la méthode commando, il ne croit pas, à l’échelon local, aux vertus du phasage. « Il faut brûler les vaisseau. Prétendre que l’on fera ça d’abord et le reste après revient à dire qu’on ne le fera jamais. », ce qui, le maire ne le dit pas, peut aussi constituer une stratégie politique…

Du développement, oui mais durable

Maire entrepreneur

Convaincu de la nécessité d’opérer une reconversion rapide du tissu industriel, André Santini n’a eu de cesse de démarcher et convaincre des entreprises de venir s’implanter à Issy. Que cette mutation à marche forcée ait parfois été incomprise semble évident. André Santini écrit ainsi : «  »Vous ne faites que des bureaux », me disent certains citoyens. » Son argument ? « Il y a un manque de 2 millions de mètres carrés de bureaux sur l’Ile-de-France ! D’autant que, lorsqu’une entreprise s’agrandit il faut des bureaux, et quand elle ferme, elle cherche d’autres bureaux pour se regrouper. » On appréciera le talent réthorique du maire d’Issy.

Maire batisseur

Fut une époque où, selon André Santini, un maire batisseur était un maire battu. « A écouter les gens, il n’y avait de bien que les espaces verts ». Pour le maire régulièrement réélu d’Issy depuis 1978, cette époque est bien révolue. Question de développement durable (contre l’étalement urbain). Question aussi de rentrées fiscales (« une ville qui perd ses habitants court à la faillite »). Question d’esthétisme et d’attractivité, enfin. « Il y a un lien, estime-t-il, entre entre l’architecture, l’économie, l’esthétique et l’humain ». Se référant au succès du Centre Pompidou (celui de Metz), du Louvre (de Lens) ou encore du Guggenheim (de Bilbao), il en est convaincu : le beau présente un bon retour sur investissement, « le beau est plus cher mais nécessaire, car « durable » et pédagogique ». Et puis il faut bien corriger les errements des « Le Corbusistes » qui, alliés aux administrations centrales et aux groupes d’études, « ont tué la rue et créé l’urbanisme sur dalle ».

Vert Maire

Partisan résolu de la Haute Qualité Environnementale, André Santini est fier, très fier d’avor reçu le 1er prix dans la catégorie Aménagement pour l’éco-quartier des Bords de Seine lors du grand prix de l’Environnement villes et territoires d’Ile-de-France et tout aussi fier du nouveau siège de Bouygues Immobilier à Issy. Non seulement l’immeuble est beau (un point important pour l’esthète qu’est André Santini) mais tout concourt à la protection de l’environnement (contrôle des émissions de CO2, panneaux solaires, éclairage réglé en fonction des conditions climatiques, etc.) mais aussi de ses salariés, grâce à ses écailles extérieures qui « bougent suivant le soleil, la température ».

Jouisseur, rigueur, bosseur

Maire bosseur

Travaillant sept jours sur sept, revendiquant une totale absence de vie privée et un tyranisme sans nuance vis-à-vis de ses collaborateurs, André Santini aime se comparer à « un jongleur chinois qui a douze assiettes sur douze bambous. Il y en a toujours quatre qui roulent bien, quatre qui ont des problèmes et quatre qui se cassent la figure. Et le maire d’Issy de préciser,   »je ne m’occupe que des dossiers qui se cassent la figure et je laisse les autres à mes collaborateurs. C’est ainsi, affirme-t-il, que l’on arrive à gérer douze dossiers en même temps. »

Maire courage

De la santé et du moral, il en faut pour êre maire : « le matin, il se protège, le soir, il se défend. Sa situation est semblable au ball-trap. Ce n’est pas toujours le même fusil qui tire, mais c’est toujours le même pigeon qui prend ».

Maire la rigueur

Résultat d’un inlassable travail de développement économique, Issy Moulineaux décidait en 2010 de ne pas augmenter les impôts pour la quinzième année consécutive. 

Et, bien sûr, toujours et encore : Maire marieur

« Lorsque je célèbre un mariage, je relis les articles 212, 213, 214 du code Napoléon. Comme c’est beau ! Il faut dire que c’est du Jean-Etienne-Marie Portalis ».

Quelques mots d’esprit, traits d’humour et autres bons mots d’André Santini

« Maire, c’est être Superman avec les moyens de Cendrillon »

« J’ai proposé de rendre l’obélisque à la nation égyptienne, et de le remplacer par un « levier de vitesse géant »

« On m’a prêté ce trait à propos de Jean-Pierre Chevènement : « S’il était élu président de la république, il démissionnerait »

Sur Cohn-Bendit, « La preuve qu’il est allemand, il revient en France tous les trente ans »

> Le Santini. Dictionnaire autobiographique - André Santini. 17,25 euros


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