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Web et politique : une révolution annoncée qui fait pschitt… – Influencia / 18 janvier 2012

Paru le 6 janvier 2012 | dans Municipales
Rédigé par Franck Gintrand

Article publié par 

Un phénomène encore marginal

Si les conséquences du net sur la vie politique sont toujours difficiles à évaluer un constat semble évident :  les sites et blogs militants ne font pas franchement recette. L’usage d’internet a progressé. Mais la politique n’en a pas beaucoup profité. Internet n’est devenu ni une source d’information, ni un outil de communication politique de premier plan. Il est donc grand temps d’en finir avec (au moins) cinq idées reçues.

1. La progression d’internet n’a pas favorisé le débat public

Alors que les internautes représentent aujourd’hui environ 76% (source : étude Arcep, décembre 2011) de la population française, ils ne sont environ que 6% à privilégier les forums et blogs et 4% à donner la préférence aux blogs des personnalités politiques ou des journalistes pour leur information politique (sondage IPSOS pour Microsoft, novembre 2011).

2. L’information ne se joue pas sur internet 

Sur les enjeux politiques, l’audience d’internet est très nettement inférieure à celle des mass médias traditionnels. Les chiffres peuvent différer selon que les sondages incluent ou non la population de 15-18 ans mais la hiérarchisation reste identique. La télévision reste, et de loin, le média le plus crédible (autour de 80%). Suivent la presse écrite ( entre 60% et 40% ) et la radio (entre 40% et 30% ). Resitué dans un environnement médiatique comparatif, Internet recueille une audience légèrement plus élevée que dans des études uniquement centrées sur ce média : environ 15 à 16% mais seulement 4% si l’on ne comptabilise que les « premières réponses » (TNS Sofres).

3. Les sites et les blogs politiques ne cartonnent pas pendant les élections

L’importance accordée par les politiques et les médias à internet durant les élections est-elle justifiée ? Pas vraiment. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la fréquentation n’augmente que très faiblement en période électorale. A titre d’exemple, 26% des internautes ont visité le site d’un candidat durant la campagne présidentielle de 2007, un chiffre déjà faible en lui-même mais qui n’est que le reflet surévalué de l’audience de ces sites puisque seule la moitié de ces 26%, soit 13%, soit 6,5% de la population française sont des visiteurs réguliers (Ifop).

4. Internet ne permet pas de toucher de nouvelles catégories

L’audience des sites politiques est également très peu réprésentative, en termes de sexe que d’âge. Selon une étude 28.03MEDIA, seules 28,3% des femmes consultent les sites des partis politiques alors que, selon une étude d’IPSOS, elles sont presque aussi nombreuses que les hommes (49% des internautes sont des femmes, selon l’observatoire des usages internet de Médiamétrie, novembre 2011) à utiliser internet. Même constat du côté des jeunes : les 18-24 ans ne sont que 2% à visiter les sites officiels des partis politiques alors qu’ils sont 10 fois plus nombreux à surfer sur le net pour d’autres raisons ! Autrement dit, internet n’a pas permis d’intéresser des populations qui se sentent traditionnellement peu concernées par la politique. Et il est probable que ce constat soit également vrai des employés et des ouvriers ou plus largement des Français tentés par l’abstention.

5. Internet ne permet pas de convaincre les électeurs

Que souhaitent trouver les internautes sur un blog (ou un site) politique ? Moins une information destinée à éclairer leur choix qu’une manière de la conforter. Un sondage CSA réalisé fin 2005 (qui n’a pas encore été réactualisé) recense par ordre d’intérêt : le programme politique du candidat (81%), ses derniers discours en version écrite (69%), un moyen de communiquer directement avec le candidat (63%) et avec d’autres internautes (58%) ou encore l’accès au derniers discours de la personnalité en version sonore (55%). En revanche les vidéos, les photos et l’agenda du candidat n’intéressent que 30% des internautes. Ce qui est amusant lorsqu’on lit que ce type de contenus fait partie des incontournables d’un site politique réussi.

Pourquoi cette révolution manquée ?

Le caractère très limité du changement occasionné par le développement d’internet en matière de démocratie tient à la nature même  de la toile sous sa forme 2.0. Pour un internaute en quête d’informations sur les élections, les sites politiques s’apparentent plus à des outils partisans qu’à de véritables médias par définition axés sur l’actualité et contraints à une certaine objectivité. Cela n’empêche évidemment pas une minorité d’internautes de fréquenter occasionnellement ces sites pour y trouver des informations sur des candidats et leurs propositions. Mais, dans le domaine politique, Internet n’est pas tant conçu et apprécié pour sa valeur informative que pour son potentiel de communication. Ce qui est rarement possible – ou en tout cas souhaité – sur les sites conçus par des partis, des élus ou des candidats. Dans ces conditions, on comprend mieux que les Français puisse à la fois apprécier les blogs politiques comme une possibilité de discussion (avec les candidats et entre internautes) tout en s’estimant décu par les contenus…

Franck Gintrand

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