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1981-2012 : Sarkozy – Giscard, même destin ? – Présidentielle 2012 – Influencia

Paru le 7 novembre 2011 | dans Présidentielles
Rédigé par Franck Gintrand

Un président médiatique et très critiqué, une droite affaiblie, une gauche en quête de crédibilité, un pays en crise : la fin du mandat de Sarkozy présente des similitudes troublantes avec celle de Giscard. La fin sera-t-elle la même pour autant ?

Des présidents très critiqués

Premier point commun, les deux hommes ont voulu exercer la fonction présidentielle de façon moins lointaine et plus interventionniste. Si Giscard se sépare de Chirac quand Sarkozy décide de garder Fillon, l’un et l’autre entendent rappeler leur prééminence vis-à-vis du Premier ministre en intervenant régulièrement dans les médias. Surexposition oblige, la virulence des attaques dont les deux présidents sont régulièrement l’objet n’a pas d’équivalent, Giscard se voyant reproché d’avoir monarchisé un peu plus la fonction quand Sarkozy est aujourd’hui critiqué pour l’avoir banalisée.

La droite divisée

Dans les deux cas, la division de la droite est très forte. En raison du conflit qui l’oppose à son ancien Premier ministre, Giscard perd le soutien d’une partie des sympathisants gaullistes. Face à l’éventualité d’une alternance qui ne suffit plus à mobiliser l’électorat naturel du président sortant, cette défection explique en grande partie la défaite de 1981. Le paysage est bien sûr différent aujourd’hui. Grâce à la création de l’UMP, Sarkozy n’a pas à composer avec une opposition interne à sa majorité. Aucun leader centriste ne semble aujourd’hui en mesure d’affaiblir réellement sa candidature. Mais le danger à droite n’en reste pas moins réel. En devenant moins inquiétant depuis que Marine Le Pen en a pris la tête, le FN capte les déçus du sarkozysme et fait peser sur le président sortant la menace d’un 21 avril à l’envers.

La gauche jugée peu crédible

On l’a oublié mais la gauche en 1981 est plus affaiblie qu’aujourd’hui. Battue en 1978, elle est traversée par des tensions extrêmement fortes entre le PS et le PC. Contesté par la candidature conditionnelle de Michel Rocard, qui bénéficie de sondages favorables, François Mitterrand se présente pour la troisième fois. Agé de 65 ans en 1981, il apparait aux yeux de nombreux observateurs comme un homme du passé, dogmatique et sans compétence économique. En comparaison, la situation de la gauche actuelle semble moins défavorable. Tirant les enseignements des défaites de 2002 et 2007, François Hollande veille à fédérer le PS et à ne pas jouer le second tour avant le premier. Sa modération en fait aujourd’hui le favori des sondages. Comme François Mitterrand, il n’en demeure pas moins sujet aux critiques sur son inexpérience et l’irréalisme de ses propositions.

La France en crise

En 1981 comme en 2011, la France traverse une crise économique particulièrement profonde. Depuis 1974  les trente glorieuses s’éloignent à grand pas. En 1978 un second choc pétrolier s’ajoute au premier du début du mandat de Giscard, le prix du baril double en quelques mois. Le pouvoir d’achat faiblit un peu plus tandis que le chômage explose. L’heure est plus que jamais à la défense de la monnaie (le franc à l’époque). On ne parle plus alors de « rigueur », le mot ne symbolise pas suffisamment  la gravite de la situation mais de « politique d’austérité ». Pouvoir d’achat en berne, chômage en hausse, défense de la monnaie, dépenses revues à la baisse. Si l’Europe ne joue pas un rôle de premier plan à cette époque, la situation d’hier ressemble a s’y méprendre a celle d’aujourd’hui. En plus grave.

L’argument de l’expérience

Sarkozy finira-t-il pour autant comme Giscard ? Il faut d’abord noter une différence importante par rapport à 1981. Contrairement à Giscard qui était relativement confiant dans sa réélection, Sarkozy sait qu’il lui faudra être particulièrement combatif. A la différence de l’ancien président, il est déjà entré en campagne même si celle-ci n’a rien d’officiel. Cela suffira-t-il ? Tout dépend de l’aspiration des français au changement. En 1981 la droite occupait l’Elysée depuis 23 ans. En 2012, elle y sera depuis 17 ans. Sachant que Sarkozy comme Giscard n’a pas eu à assumer de cohabitation, il lui faudra  défendre comme ce dernier l’intégralité de son mandat. Giscard avait choisi de jouer sur la compétence en déclarant qu’il fallait un « président à la France ». L’argument censé faire mouche face à un candidat inexpérimenté s’était révélé insuffisant face à l’usure du pouvoir. Pour gagner, Sarkozy devra incontestablement trouver un message plus fort.

Franck Gintrand

 

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