AccueilNon classéLes principales polémiques sur les sondages de 2007 à 2011

Les principales polémiques sur les sondages de 2007 à 2011

Paru le 26 octobre 2011 | dans Non classé
Rédigé par Franck Gintrand

L’essentiel sur la question

Depuis 2007, comme avant cette date, les polémiques portent à la fois sur les sondeurs, leur partialité et de leurs méthodes et sur les sondages eux-mêmes, en raison de leur influence sur le jeu démocratique et de leur prise en compte démesurée par les partis et le pouvoir.

Critique des instituts et de leur méthodes

Impartialité des sondages : la double charge de Ségolène Royal, en 2007 et 2011

Décembre 2007, Ségolène Royal dénonce dans Ma plus belle histoire d’amour c’est vous la façon dont les médias et les sondeurs se sont employés à affaiblir à sa candidature. Elle reproche en particulier à Opinion Way d’être proche de la droite, son fondateur étant un ancien du cabinet de Gérard Longuet sous le gouvernement Balladur, et son principal actionnaire un ancien délégué à la communication du RPR devenu chef du service d’information du gouvernement auprès d’Alain Juppé lorsqu’il était Premier ministre. La candidate reproche également à cet institut de ne travailler que pour des médias acquis à son adversaire, Nicolas Sarkozy, à savoir LCI, Le Figaro, le JDD, Metro et Paris Match.  Quant aux méthodes d’Opinion way, Ségolène Royal juge inacceptable que l’institut réalise ses enquêtes par internet en rétribuant les personnes qui y répondent.

Février/mars 2011, Ségolène Royal et son staff récidivent en dénonçant cette fois-ci une vague des sondages sur les primaires socialistes orchestré par BVA et par IFOP pour le JDD. Outre leur proximité et leur connivence supposée avec le pouvoir, Ségolène Royal critique un rapprochement abusif des enquêtes de 2011 avec celles de 2006 ou 2007 qui ne peuvent que la discréditer ainsi que le nombre trop restreint d’hypothèses de candidature proposées au moment de l’enquête qui la désavantagent clairement.

Le Canard enchaîné et Le Monde s’y mettent aussi

Mars 2007 : au moment de la campagne présidentielle, Le Canard enchaîné lance une polémique sur le sondé moyen, c’est-à-dire la partie de la population qui peut effectivement être sondée, l’autre étant inaccessible : l’abonné au téléphone fixe de plus de 34 ans appartenant aux catégories supérieures vivant en métropole. Selon le Canard, 31 % des Français n’entreraient pas dans les échantillons représentatifs car ils n’ont pas de téléphone fixe. La représentativité des échantillons serait donc mise à mal par les méthodes utilisées pour l’administration des questionnaires.

En janvier 2011, le Monde publie un article sur les enquêtes d’opinion qui proposent des résultats contradictoires selon les instituts, selon les méthodes, selon les jours. A titre d’exemple, deux enquêtes effectuées l’une le 9 février par BVA, l’autre le 10 par TNS Sofres au sujet de la démission de MAM donnent des résultats très différents. En l’espèce, la question posée laisse clairement entrevoir que la façon dont la formulation peut orienter les réponses. BVA pose la question suivante : « Vous, personnellement, souhaitez-vous la démission de Michèle Alliot-Marie du gouvernement » 46 % des sondés répondent oui, 52 % non. TNS pose la question suivante : « Selon vous, cette affaire justifierait-elle la démission de Michèle Alliot-Marie ? » 64 % disent non, 29 %, oui.

Créer l’événement à tout prix

Mars 2011 : les résultats d’un sondage sont généralement annoncés avec sa publication officielle: ce 5 mars 2011, c’est pourtant exceptionnellement sur des «sources concordantes» anonymes que se fonde l’AFP pour annoncer en avant-première les résultats d’un sondage Harris Interactive/Le Parisien donnant Marine Le Pen en tête du premier tour. Une information qui va lancer une polémique sur les méthodes des sondeurs: le choix des candidats (seuleMartine Aubry était testée au PS dans un premier temps), «redressement» appliqué au score de la présidente du FN, gratifications financières attribuées au personnes sondées en ligne… La candidate d’extrême droite sera encore donnée à plusieurs reprises en deuxième position pendant deux mois.

Février 2012 : 33% pour Sarkozy et 33% pour Hollande, un résultat inédit auquel aboutit l’Ifop le 5 février 2012 en réalisant un sondage sur une offre électorale réduite à laquelle manque notamment Marine Le Pen. Exercice de «politique-fiction» pour l’UMP Xavier Bertrand ou révélateur de manœuvres«visant à museler la démocratie et à empêcher toute opposition au système» selon le FNLouis Aliot, ce sondage n’a pas été critiqué seulement pour ses implications politiques, mais aussi méthodologiques: sur son blog, le chercheur Alain Garrigou l’a qualifié de push poll (sondage qui a pour but de manipuler la campagne) en pointant qu’il élimine toutes les «petites» candidatures à droite mais aucune à gauche. Interviewé par le commanditaire du sondage, Frédéric Dabi, le directeur général adjoint de l’Ifop, a lui expliqué que l’institut se faisait un «devoir de mesurer une hypothèse, d’ailleurs évoquée par plusieurs candidats».

Erreurs magistrales

juin 2011 : Pendant trois mois, les Français et les sympathisants écologistes interrogés par les sondeurs ont affirmé que leur candidat préféré pour l’investiture EELV était Nicolas Hulotface à Eva Joly, avec généralement une avance se comptant en dizaines de points. Le 29 juin 2011, surprise: l’ancienne magistrate frôle l’élection au premier tour avec 49,75% des voix. Avant de remporter facilement le second avec 58,16% quinze jours plus tard. En cause, le manque de représentativité des échantillons, qui ne reflétaient pas l’électorat de 23.000 à 33.000 votants, dont une bonne moitié de sympathisants. Cette erreur d’appréciation conduit les équipes de Ségolène Royal et Martine Aubry n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer les sondages sur la primaire, un mois avant le premier tour, en raison, notamment, de leurs échantillons extrêmement réduits (jusqu’à 400 personnes, contre 1.000 généralement) et de l’incertitude sur la participation (qui sera finalement de 6% à 6,5% du corps électoral, là où jusqu’à 18% des sondés disaient qu’ils pourraient se rendre aux urnes).

Trop de sondages ?

Les sondages de l’Elysée

Novembre 2009, suite au rapport de la Cour des Comptes qui pointe les dépenses importantes de la présidence de la République en matière de sondages, une polémique nait une nouvelle fois autour d’Opinion Way, à qui Publifact, société de Patrick Buisson ancien conseiller de Sarkozy durant la présidentielle de 2007, aurait acheté des sondages pour les revendre à la présidence de la République. Opinion Way s’attire également les foudres des ses concurrents en devenant le partenaire de la soirée électorale de TF1 pour les européennes de 2009 à la place de TNS Sofres. Son développement amène les poids lourds de la place, TNS Sofres et Ipsos, à s’interroger sur les méthodes et le fonctionnement d’Opinion Way qui se distingue en réalisant de nombreuses d’enquêtes via internet au risque d’affecter la représentativité des échantillons.

La question de l’influence des sondages

Juin 2009, François Bayrou crie à la manipulation de la démocratie par les sondages alors que TNS Sofres donne pour la première fois Europe Ecologie devant le MoDem aux élections européennes. Le leader du Modem pense que les instituts l’ont volontairement sous-évalué dans une volonté supposée d’orienter l’opinion publique.

Mars 2010, élections régionales, Marine le Pen s’en prend aux sondeurs et les accuse de publier des enquêtes téléguidées par le pouvoir. Crédité en moyenne nationale à moins de 10 % par tous les instituts avant le scrutin, le FN se retrouve finalement au soir du premier tour à 11,42 % et en mesure de se maintenir au second tour dans 12 régions. En particulier, Jean-Marie Le Pen fait 20,29 % en PACA alors qu’il était crédité de 13 %. La SOFRES se défend par la voix de son directeur Brice Teinturier en avançant trois arguments : 1) tous les instituts ont donné le FN en dessous de 10 %; 2) les régionales sont un scrutin proportionnel qui ferait gagner au FN 4 à 6 points de plus que lors des autres scrutins; 3) l’attaque du FN sert à masquer en réalité un reflux par rapport à 2004 puisque le FN clame que 2010 est une réussite alors qu’en 2004 il avait pu se maintenir dans 17 régions.

64%-36% face à Nicolas Sarkozy! Ce 20 janvier 2011, après un sondage pourtant très positif de CSA en faveur de son champion, le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis dénonce sur son blog «l’overdose de sondages [...] plus ou moins surréalistes» venant«anesthésier la pensée».

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