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Le meilleur de la littérature anti-managériale, depuis Dilbert jusqu’à Zoé Shepard – Le Journal du net / 24 octobre 2011

Paru le 18 octobre 2011 | dans Notes critiques
Rédigé par Franck Gintrand

Derrière le discours d’entreprise…

Sous forme d’essai, de bande dessinée, de témoignage ou d’analyse, le discours critique sur le management et la vie d’entreprise met la communication interne à rude épreuve et appelle à une réflexion sur l’efficacité réelle des techniques censées motiver les salariés.

Depuis la parution en 1997 de la version française du célèbre livre de Scott Adams, « Le principe de Dilbert », une littérature d’un nouveau genre dénonce les dérives de la culture managériale et la dégradation croissante des conditions de travail. Si « Bonjour paresse » de Corinne Maier est de loin l’ouvrage le plus connu, il faut aussi mentionner parmi les livres-témoignages qui ont joué un rôle pionnier le discret mais néanmoins remarquable « Je vais craquer mais quand ? » de Franck Ribault, paru en 2002 et « Je hais les patrons » de Gisèle Ginsberg, édité en 2003, dont le titre traduit parfaitement l’extension de la lutte sous la forme d’une résistance larvée mais bien réelle au discours triomphant de l’entreprise. .

Chaque année, le succès de la littérature anti-managériale ne cesse de se confirmer. Le genre s’est étendu aux relations entre collègues avec l’émergence de la figure du « con » (objet à lui seul d’une petite dizaine d’ouvrages) et à la sphère publique avec le livre de Zoé Shepard, « Absolument débordé ! ». Si les productions sont de qualité inégale, certains ouvrages sortent incontestablement du lot. Sélectionnés par le Fil rouge en 2011, « Tu m’envoies un mail. Bienvenue dans le monde de l’entreprise » de Emmanuelle Friedmann met en évidence l’importance croissante de la dimension affective dans les relations de travail et soulève implicitement le rôle que jouent les femmes dans cette évolution. Sur un autre ton, « Les maux du management » de Michel Feynie analyse la langue de bois qui tue progressivement la communication entre le sommet et la base au sein de l’entreprise.

Toutes les charges anti-managériales ne se ressemblent pas. Certaines adoptent le ton du pamphlet, d’autres optent pour le mode de l’analyse. Mais toutes s’inscrivent dans la lignée des ouvrages de Scott Adams,Corinne Maier ou Gisèle Ginsberg en décrivant des salariés désabusés et démotivés malgré une adhésion de façade au discours dominant. L’entreprise ? Une jungle où chacun ne doit compter que sur soi. Les managers ? Des hommes de plus en déconnectés des réalités quotidiennes. La compétence ? Une qualité devenue inutile pour exercer des responsabilités. La communication ? Des mots et des techniques usés. Le changement ? Un moyen érigé en fin…

On peut reprocher à la littérature anti-managériale une analyse parfois sommaire et l’absence systématique de modèle alternatif. Mais l’intérêt de ce mouvement est en réalité ailleurs : il est de montrer l’importance du décalage entre la culture du management et la façon dont celle-ci est perçue par la majorité des salariés. Au-delà du simple constat, c’est aussi une invitation à s’interroger sur l’efficacité réelle des techniques les plus courantes de management et de communication interne.

Franck Gintrand

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