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Indignation politique mode d’emploi – Présidentielle 2012 – Influencia / 19 octobre 2011

Paru le 20 septembre 2011 | dans Présidentielles
Rédigé par Franck Gintrand

Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, Jean-Luc Mélenchon… Tous révoltés, tous indignés ?

Dans la foulée de la campagne de 2007, de la crise de 2008 et du succès inattendu du livre de Stéphane Hessel en 2010, l’indignation a submergé le champ politique, toutes tendances confondues. Vous êtes candidat à la présidentielle ? Voici quelques conseils pour vous indigner avec détermination mais aussi avec discernement et modération.

Conseil n°1 : ne confondez pas énervement et indignation

On peut s’insurger contre la mauvaise foi de ses adversaires et dénoncer leurs mensonges. On peut aussi critiquer les projets ou la politique du camp adverse. On peut également se révolter pour défendre des intérêts catégoriels en invoquant les valeurs d’intérêt général et de solidarité. Mais s’indigner c’est s’insurger publiquement contre des injustices qui frappent d’autres que soi, des hommes et des femmes condamnés à subir et qui, sans soutien, n’ont aucune chance de se faire entendre. S’indigner c’est manifester un refus désintéréssé, sinon altruiste, par une réaction (juste et saine) de colère. Ce n’est pas agir mais exiger l’action face à l’urgence d’une situation inacceptable. De la colère donc. Mais, si possible, servie froide.

Conseil n°2 : n’hésitez plus, indignez-vous !

Soyez passionné, soyez indigné. Vous ne vous êtes pas engagé en politique pour gérer les affaires courantes mais pour combattre l’injustice et changer les choses. En déclarant ne pas accepter la dévalorisation du travail, Nicolas Sarkozy n’a pas seulement trouvé un de ses meilleurs thèmes de campagne : il a démontré que l’indignation n’était ni la caractéristique des partis contestataires, ni un combat réservé à la défense des plus pauvres. Même si vous êtes à droite et dans la majorité, vous n’avez donc plus aucune excuse de ne pas vous indigner.

Conseil n° 3 : graduez votre indignation

L’indignation ne se décline pas de la même façon, ni a fortiori avec la même intensité,  face à la caméra de son service de communication (1), sur un plateau de télévision ou lors d’une manifestation dans la rue. On peut – et c’est même conseillé - s’emporter dans un hémicycle ou un meeting. Mais une interview journalistique suppose un minimum de retenue et de maîtrise de soi. Dans ce cas, on s’indignera en portant une attention particulière au choix des mots et à la gravité du ton mais aussi en n’hésitant pas à alterner prises de positions très fermes et auto questionnement (« trouvez-vous normal ? », « me croirez-vous si je vous disais », « pensez-vous acceptable que », etc.).

Conseil n° 4 : choisissez le bon sujet

Dans tous les cas, l’injustice ne peut être que dramatique et révoltante. Mais une fois rappelée cette évidence, les sujets varient en fonction de la sensibilité politique. A gauche, on s’insurgera contre les inégalités sociales, l’absence de solidarité, les salaires mirobolants et la pauvreté. A droite, on dénoncera le laxisme, les délinquants qui font régner la terreur, l’héritage de mai 68 et le discours dominant qui empêche de parler ouvertement des « vrais problèmes ». Dans tous les cas, soyez cohérent avec votre électorat et votre image personnelle (2). Ne désorientez pas vos sympathisants en invoquant des causes diamétralement opposées (3).

Conseil n°5 : ne soyez jamais indigné par le travail des médias

Attaquez les médias si nécessaire mais faites le au nom de ceux que vous entendez défendre. Sachez comme Jean-Luc Mélenchon dénoncer le décalage entre les préoccupations des médias et les problèmes des Français. Si vous souhaitez vous indigner du sort qui vous est réservé, abstenez-vous. Peut-être n’êtes-vous pas identifié comme un bon client, à la fois tonique et à l’aise avec les formats courts. Dans ce cas, inutile d’espérer changer l’attitude des médias à votre égard en les attaquant. Voyez plutôt comment vous pouvez vous améliorer.

Conseil n°6 : n’abusez pas

N’imaginez pas que l’indignation est la martingale de la communication politique. Ce serait évidemment trop simple. A l’exception du flop (qui n’est jamais exclu), vous pourriez bien apparaître comme une personnalité dépourvue d’humour ou, plus ennuyeux, du sang froid indispensable à l’exercice du pouvoir. Trop répété, le coup de gueule peut aussi souffrir de ne déboucher sur aucune solution ou proposition concrète. Des dommages collatéraux  sans grandes conséquences pour les contestataires mais que les politique soucieux d’apparaître comme responsables ne devront évidemment pas sous-estimer avant de se lancer.

Franck Gintrand

(1) De ce point de vue, le coup de gueule de Luc Chatel, seul face à la caméra, peine à jouer l’indigné. A vous de juger ici (2) Dans l’absolu on peut comprendre que Fadela Amara soit choquée par des supporters qui sifflent la Marseillaise. Mais qu’a-t-elle gagné à exprimer publiquement son sentiment ? Son interview peut être visionnée ici (3) Christine Boutin fait partie de ces personnalités qui, en multipliant les indignations successives et idéologiquement opposées, finissent par désorienter jusqu’à leur propre électorat.

Lire aussi 10 coups de gueule (plus ou moins) indignés

> Panorama évolutif des acteurs Ici

> Tous les épisodes Ici

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