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Coups de gueule politiques (plus ou moins) indignés

Paru le 20 septembre 2011 | dans Stratégie et communication politiques
Rédigé par Franck Gintrand

Colère froide

Comment s’emporter en restant maître de soi ? L’exercice paradoxal de l’indignation politique est par nature difficile. A voir absolument : les coups de gueule de Daniel CohnBendit, Nicolas Sarkozy et, bien sûr, Jean-Luc Mélenchon, en complément de la lecture du mode d’emploi de l’indignation politique.

Contre l’absence de conviction

Daniel Cohn-Bendit dénonce « la coalition des hypocrites »

Contexte : L’investiture de la nouvelle commission européenne en février 2010. Après avoir pris à partie Nicolas Sarkozy au parlement européen sur sa présence à l’ouverture des JO de Pékin, Daniel Cohn-Bendit s’en prend à José Manuel Barroso. L’accusant d’avoir été incapable de prendre des décisions au sommet de Copenhague ou plus récemment lors du tremblement de terre à Haïti, Daniel Cohn-Bendit dénonce sa reconduction à la tête la commission européenne. Pour le leader écologiste qui vise plus particulièrement le groupe socialiste et son président, Martin Schulz, faire confiance au président de la commission européenne pour un second mandat consiste à dire « à Mr Barroso je t’aime, moi non plus, on ne te croit pas mais on va voter pour toi ».

Expression forte : incontestablement, le « ta gueule » adressé deux fois au président du groupe socialiste alors qu’il essaye de s’exprimer.

Le message politique : comment une majorité peut-elle voter sans conviction pour une équipe sans conviction ?

Notre avis : Une belle performance. Daniel Cohn-Bendit confirme ici sa réputation de tribun. On s’interroge, en revanche, sur l’objectif politique de cette intervention.

> Voir la vidéo intégrale du discours

Autre coup de gueule de D. Cohn-Bendit : Journées d’Ete d’Europe Ecologie de 2009

Contre la classe politique « bien au calme et bien au chaud »

Nicolas Sarkozy interrogé au 20h sur le « nettoyage au karcher »

Contexte : La mort par balles d’un jeune garçon de 11 ans à la Courneuve. Interrogé à l’Assemblée nationale, Nicolas Sarkozy déclare ne rien regretter de ses propos controversés lors de sa visite à la famille de l’enfant tué dans la cité des 4 000. «Dès demain, on va nettoyer au Karcher la cité des 4 000», avait alors déclaré le ministre de l’Intérieur. «On ne négocie pas le retour à l’ordre public. On ramène l’ordre public et on discute après», a-t-il expliqué en annonçant qu’il reviendrait «rencontrer les jeunes pour poser les bases d’une politique de la prévention».

Message politique : ce n’est pas l’expression qui est violente. C’est la situation.

Expression forte : « nettoyage au karcher », bien sûr.

Notre avis : Le sommet de la réthorique. Un exceptionnel exercice de récupération d’une expression sans doute frappante mais aussi particulièrement violente. Du grand art.

> Voir l’explication de Nicolas Sarkozy au journal de 20h

Contre la presse déconnectée des vrais problèmes

Jean-Luc Mélenchon en colère contre un étudiant de Sciences Po

Contexte : Altercation entre le co-président du Parti de gauche et un étudiant en journalisme. Le 19 mars 2010, à deux jours du deuxième tour des élections régionales un étudiant de Sciences Po, Félix Briaud, interroge Jean-Luc Mélenchon qui distribue des tracts avec des militants du Front de gauche sur un marché du 12e arrondissement de Paris. Jean-Luc Mélenchon s’inquiète de l’abstention. Il regrette que Le Parisien du jour se préoccupe avant tout d’une possible réouverture des maisons closes avant de s’emporter contre la presse qui, selon lui, ne remplit pas son rôle, puis contre l’apprenti journaliste dont les préoccupations lui paraissent en total décalage avec le terrain…

Le message politique : Les journalistes sont une profession précarisée asservie au règne de l’argent et donc du spectaculaire.

Expression forte : un « métier pourri »

Notre avis : Une très bel exemple d’indignation politique. Cette vidéo a définitivement installé Jean-Luc Mélenchon comme une grande gueule et un des meilleurs « clients » des plateaux télé.

> Voir la Vidéo intégrale

A lire : Jean-Luc Mélenchon s’explique sur France 5

Xavier Bertrand en colère contre un journaliste

Contexte : recadrage violent d’un journaliste du Courrier picard par Xavier Bertrand.  Janvier 2010, sur la chaîne Public Sénat, avec une incroyable violence, Xavier Bertrand crucifie, durant plus de 3 minutes, le journaliste du quotidien local « Le Courrier Picard » qui a le tort, dit son rédacteur en chef de l’époque, de ne pas être suffisamment « aux ordres » dans son fief de Saint-Quentin (Aisne). Le journaliste, peu habitué de la télévision, a posé avec maladresse une question pourtant pertinente : le maire de Saint-Quentin ayant « pris du recul » pour raisons de santé, lui qui est député envisage-t-il de le remplacer à l’Hôtel de ville ?Xavier Bertrand, qui connaît les ficelles de la télé, décide alors de jouer les indignés et de faire un clash à sens unique. « Vous ne trouvez pas que votre question est totalement déplacée et scandaleuse, Monsieur ? » commence-t-il avant de laisser libre cours à une rancœur excessive et, pour le grand public, totalement incompréhensible.

> Voir la Vidéo intégrale

Arnaud Montebourg en colère contre Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde

Contexte : Arnaud Montebourg s’en prend à une journaliste qui, selon lui, ne voit les résultats de son action qu’à travers Florange. Invité de l’émission « Questions d’info » diffusée sur la chaîne LCP, le ministre du Redressement productif tente notamment « de défendre sa politique de maintien de la production industrielle en France ».Lorsque la journaliste Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde, évoque le cas de Florange, le sang d’Arnaud Montebourg ne fait qu’un tour : « Florange n’est pas l’Alpha et l’Omega de la politique Française ». Avant d’ajouter: « Vous avez un problème avec votre cerveau ». Et d’expliquer : « J’ai 150.000 emplois qui étaient menacés dans un millier de dossier. On en a préservé 135.000. Donc si vous en êtes encore là, vous avez un problème de responsabilité professionnelle dans la manière dont vous regardez les choses ».Loin de se démonter, la journaliste, qui a d’abord souri à la pique, a rappelé à Arnaud Montebourg la portée symbolique de Florange, site sur lequel s’est d’ailleurs rendu François Hollande la semaine dernière.

 > Voir la Vidéo intégrale

Contre l’injustice 

Ségolène Royal indignée par la suppression de l’accueil des handicapés à l’école

Contexte : Le débat d’entre dex tours aux élections présidentielles de 2007. En réponse à la proposition de Nicolas Sarkozy d’accueillir les enfants handicapés, Ségolène Royal s’insurge contre le double discours de son adversaire. Comment Nicolas Sarkozy peut-il faire une telle proposition alors même que son gouvernement a décidé la suppression des auxiliaires d’intégration ?

Le message politique : la politique de N. Sarkozy est fondée sur le mensonge et l’injustice.

Expression forte : aucune qui puisse faire l’objet d’une reprise médiatique sinon, peut-être, le mot « colère »

Notre avis : Raté. De peu, sans doute. Mais raté quand même. Ségolène Royal a sans doute prémédité ce coup de gueule pour positionner le débat sur le thème de l’injustice. Mais elle ne l’a pas pour autant préparé. Et cette abscence de préparation s’en ressent. On met du temps à comprendre ce qu’elle reproche exactement à Nicolas Sarkozy et l’argumentaire tourne vite en boucle. De son côté, Nicolas Sarkozy choisit de jouer l’étonnement face à une attitude qu’il juge disproportionnée et déplacée.

> Voir l’extrait du débat (désolé, la publicité est particulièrement longue)

Contre la violence et l’incivisme

Fadela Amara indignée par les « voyous » qui ont sifflé la Marseillaise

Contexte : Après que la Marseillaise ait été sifflée lors d’un match de foot opposant la France à la Tunisie, Fadela Amara s’emporte contre l’incivisme, demande des vrais sanctions contre les « siffleurs » et marque son désaccord avec Bernard Laporte.

Le message politique : il ne faut pas tolérer ce genre de comportement.

Expression forte : aucune

Notre avis : l’énervement manque de nerf et donc singulièrement de conviction.

> Voir l’interview par Elise Lucet

Contre les hausses de prix contre la grande distribution

Luc Chatel tape du poing sur la table face aux abus de la « grande distrib’

Contexte : Une enquête de 60 millions de consommateurs révèle des hausses « inacceptables »… Deux lois en préparation pour mettre un terme à une « rente de situation » et revenir à une situation normale.

Le message politique : mobilisation générale.

Expression forte : « coup de gueule ».

Notre avis : Le coup de gueule bizarre. Le sujet aurait pu se prêter à une rencontre avec les journalistes. Mais le ministre préfère formater son message comme il l’entend et son indignation en solitaire sonne du coup très bizarement…

Voir la vidéo de Luc Chatel

Contre des habitants qui refusent un relogement

Georges Frèche recadre des locataires récalcitrants

Contexte : Personnalité haute en couleur, habitué des coups de gueule (dont certains lui ont valu d’être attaqué en justice), pourfendeur du parisianisme, Georges Frèche ne s’en laisse compter par personne. Y compris par des locataires récalcitrants…

Le message politique : c’est comme ça et pas autrement.

Expression forte : aucune.

Notre avis : Le coup de gueule de l’autocrate. A priori, le sujet est très local et rien n’est préparé. Résultat : un clein d’oeil à l’électorat populaire qui, faute de comprendre le fond du dossier, retiendra la fermeté du président de région sortant sur la question du logement social.

> Voir l’intervention de G. Frèche

A écouter aussi un discours de G. Frèche dans l’Aude : « Vous savez, je suis tendre aussi »

Contre une personnalité qui vous attaque

Nicolas Hulot répond aux attaques de Claude Allègre

Contexte : Après s’être fait traité « d’imbécile » par Claude Allègre qui l’accuse par ailleurs d’avoir piégé Nicolas Sarkozy sur certains sujets écologiques, et notamment sur la taxe carbone, Nicolas Hulot réagit sur Europe 1,

Le message politique : Claude Allègre exploite sa niche médiatique de façon cynique.

Expression forte : « l’injure et le mensonge ne remplace pas la vérité scientifique », une expression un peu longue cela dit.

Notre avis : l’intervention de N. Hulot ressemble trop à une réponse personnelle pour s’inscrire clairement dans le registre de l’indignation.

Voir l’intervention de Nicolas Hulot

Contre la passivité de la communauté internationale

Martine Aubry s’alarme de la répression en Lybie

Contexte : M. Aubry s’indigne de l’indifférence et de la faiblesse de la communauté internationale - en établissant une comparaison avec l’Espagne de Franco - et regrette l’absence de zone d’exclusion  aérienne qui aurait empêché le pilonage des « libérateurs de la démocratie ».

Le message politique : la communauté internationale manque de courage.

Expression forte : « J’ai honte », « Je suis choqué ».

Notre avis : une indignation qui se veut sincère et spontanée mais qui manque de solennité, aussi bien dans le choix du cadre que dans celle du ton.

Voir l’intervention de Martine Aubry

A voir également

Les célèbres coups de gueule de Bernard Tapie – Voir  compilation d’extraits vidéo ici

Les coups de geules des politiques contre les journalistes (un grand classique)

Toujours sur le sujet de l’indignation politique Présidentielle 2012 : carnet de bord du 17 au 22 septembre 2011 – Indignation politique : le mode d’emploi

Dans la série « Les 10″

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