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Comment dissuader un candidat de se présenter à sa propre succession ?

Paru le 15 septembre 2011 | dans Municipales
Rédigé par Franck Gintrand

Un pari difficile

La victoire étant la finalité des grands partis, le premier réflexe pour dissuader un candidat de se présenter à sa propre succession consiste à affirmer et tenter de prouver qu’il n’est pas le mieux placé pour faire gagner son camp. Logique ? En apparence, oui. Mais dans les faits, l’exercice se révèle particulièrement difficile, sinon périlleux…

L’argument à éviter : les sondages défavorables

On peut évidemment invoquer les sondages pour affirmer que le candidat sortant mène directement son camp à la défaite. En off, la pratique est courante. Mais la référence publique à l’opinion dominante du moment donne au discours une couleur désagréablement opportuniste tout en dénotant, ce qui est presque aussi grave, une confiance naïve dans la fiabilité des sondages. En 2001, Nicolas Sarkozy déclarait à une journaliste (1) : « S’il fallait soutenir Chirac parce qu’il est le seul capable de battre Delors, oui, je le soutiendrais. Mais ma conviction, c’est qu’Edouard Balladur est le meilleur. Soit Jacques Chirac crée une dynamique formidable et s’envole dans les sondages, soit Jacques Chirac, ce que je crois, va s’effondrer dans la spirale de l’échec, et tombera à un niveau historiquement très bas. » Après la surprise des législatives de 1997, l’élimination d’Edouard Balladur en 1995, celle de Lionel jospin en 2002 ou celle, moins grave mais tout aussi étonnante, de Nicolas Hulot à l’issue des primaires écologistes, quel politique se risquerait aujourd’hui à utiliser les sondages pour disqualifier la candidature d’un « ami » ? Sans compter qu’à l’exception des présidentielles et de certaines campagnes locales, les sondages sont particulièrement rares.

L’argument boomerang :le besoin de renouvellement

La nécessité d’un renouvellement est bien entendu un doux euphémisme pour laisser entendre qu’il est temps de laisser la place aux jeunes. En dépit des circonvolutions utilisées, l’électorat décode très vite ce genre de message. Mais il ne faut pas oublié que l’électorat est aussi constitué de nombreux retraités particulièrement sourcilleux sur la question de l’âge. Ce genre d’attaque est donc risquée. On se souvient notamment de la déclaration off de Lionel Jospin en 2001 : « Chirac, a perdu beaucoup de son énergie et de sa force. Il est fatigué, vieilli, victime d’une certaine usure du pouvoir. Il est marqué par une certaine passivité ».  En retour, Jacques Chirac aura beau jeu d’estimer le propos « peu convenable » de la part d’un homme aspirant aux plus hautes fonctions de l’État : « Est-ce sur l’âge et le physique des prétendants que va se jouer le choix du futur président ? L’arrogance et le mépris vont-ils tenir lieu de débat ? ». Mais cet exemple est loin d’être un cas isolé. Certains se souviendront d’Achille Peretti, réélu maire de Neuilly à 72 ans passés, en dépit de la concurrence interne de Florence d’Harcourt. Ou plus récemment de Georges Frèche, pourtant visiblement affaibli et éprouvé par la maladie, très largement réélu à la tête de la région en dépit de la candidature du maire, également de gauche, de Montpellier.

L’argument relatif : des échecs électoraux passés

On peut invoquer les échecs personnels du candidat sortant. Il est vrai que, jusqu’à une époque récente, ce type d’argument était rarement entendu dans un pays impitoyable vis-à-vis de l’échec… à l’exception notable de la politique. Pour ne citer que les exemples les plus célèbres, François Mitterrand et Jacques Chirac ont pu échouer deux fois avant d’entrer à l’Elysée. Encore aujourd’hui, Ségolène Royal présente sa campagne (pourtant perdante) des présidentielles de 2007 comme un gage d’expérience. Mais les mentalités changent. Rien ne dit que l’échec de la candidate socialiste à l’élection précédente n’ait pas définitivement obéré ses chances de succès pour l’élection à venir. Ni que Nicolas Sarkozy continuerait une carrière politique en cas de défaite. Encore faut-il avoir connu un échec personnel pour être fragilisé. C’est rarement le cas des candidats qui choisissent de « retourner » devant l’électeur et l’expérience que confère un mandat précédant reste encore un atout de poids beaucoup plus qu’un handicap.

Est-ce à dire qu’il est impossible de dissuader un candidat de vouloir se succéder ou de le battre? Même si la voie est étroite, l’exercice n’est évidemment pas impossible. Encore faut-il que certaines conditions soient remplies…

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