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La question de la sécurité vue par la droite et par la gauche – Influencia

Paru le 31 août 2011 | dans Focus
Rédigé par Franck Gintrand

Excédé ou simplement inquiet face à la petite délinquance, vous êtes partisan de la fermeté et de la répression. Seriez-vous en train de virer à droite, voire très à droite ? Pas forcément et voici pourquoi.

D’abord le sujet n’est plus un tabou politique à droite depuis plusieurs années. Le changement remonte précisément en 2001. Cette année-là, Jacques Chirac est le premier président de la république à aborder officiellement le sujet lors de la traditionnelle intervention du 14 juillet. Dans la ligne de mire du chef de l’Etat, le gouvernement Jospin et les prochaines présidentielles : « la délinquance s’installe, l’insécurité s’installe, se banalise (…) il n’y a pas de fatalité de l’insécurité. Il n’y a qu’un manque d’autorité de l’Etat et un manque de volonté politique. » Le basculement réthorique et idéologique est brutal. Avec la nomination de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur, de 2002, l’insécurité devient même un des thèmes dominants de la droite. 

Du côté du PS, l’évolution est plus lente mais tout aussi spectaculaire. Dénonçant une situation qui frappe surtout les plus démunis, et qu’elle présente comme un échec de la majorité sortante, Ségolène Royal en fait un de ses principaux thèmes de campagne pour la présidentielle de 2007, allant jusqu’à envisager des « couvre-feux » dans les cités les plus difficiles. Martine Aubry s’inscrit dans la lignée de cette stratégie lorsque, voici quelques jours, elle affirme vouloir être la « présidente de la sécurité des français », une initiative aussitôt approuvée par François Hollande et saluée par les partisans de Ségolène royal qui ne se privent pas de rappeler que leur candidate a su dès la présidentielle de 2007 revendiquer la nécessité d’un « ordre juste ». Autant dire que les socialistes sont bien décidés à ne pas se faire piéger une nouvelle fois par la droite et N. Sarkozy sur le terrain de l’insécurité.

Il est vrai qu’en l’espace de quelques années, les Français sont devenus très sensibles à l’insécurité et partisans de la méthode forte. Depuis 2002, le sentiment d’insécurité s’est installé. Il est plus ou moins fort selon les périodes (par rapport à d’autres problèmes comme le chômage ou la préservation du système de santé) mais cette préoccupation est maintenant partagé par les Français quelque soit leur sensibilité politique. Même constat sur la priorité à donner à la répression. Pour les sympathisants de droite comme de gauche, la fonction de la police n’est pas de « faire du social, mais de protéger les biens et les personnes » et les tribunaux doivent faire preuve d’une plus grande sévérité. Les électeurs de gauche sont même une majorité à estimer que les mineurs délinquants doivent être traités comme des « adultes » par la justice. Ainsi, en 2007, 78% des électeurs socialistes se déclaraient favorables à la proposition de Ségolène Royal de placer les jeunes délinquants dans des « internats-relais » et 67% à approuver la création d’établissements « à encadrement militaire pour apprendre un métier ou réaliser un projet humanitaire ».

A l’instar de la dissuasion nucléaire, la nécessité d’une répression sans concession serait-elle en passe de devenir un sujet de consensus ? Pas complètement. Même si de l’avis général les médias contribuent largement à créer un sentiment d’insécurité, les Français n’ont pas tous le même avis sur l’importance et l’explication de la délinquance. Première différence : la lutte contre l’insécurité est plus prioritaire pour les électeurs de droite que les électeurs de gauche. Seconde différence : l’explication que les Français donnent de la délinquance varie en fonction de la sensibilité politique. Si vous estimez que la violence est inséparable de la dégradation des conditions de vie et de l’augmentation de la pauvreté, il y a de fortes chances pour que vous votiez à gauche. Si vous admettez que l’insécurité est une conséquence de la pauvreté mais qu’elle est également liée « au trop grand nombre d’immigrés en France » et au fait que les jeunes délinquants « sont issus de familles ayant une culture et des modes de vie différents », alors il y a de très fortes chances pour que vous votiez à droite.

Sur le sujet de l’insécurité, gauche et droite ne sont donc pas bonnet blanc et blanc bonnet. Le passage de la critique de la délinquance à celle de l’immigration reste une frontière idéologique forte, une ligne de démarcation fondamentale entre la gauche et la droite.  Que celle-ci vienne à fléchir à gauche, que le discours sur l’insécurité aboutisse à un débat sur l’immigration et Nicolas Sarkozy remporterait une autre victoire sur le plan des idées. Au regard de la crise économique qui place l’emploi très nettement devant l’insécurité, ce glissement semble peu probable. Aujourd’hui, du moins.

Franck Gintrand

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