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La question de l’emploi vue par la droite et par la gauche? – Influencia

Paru le 19 juillet 2011 | dans Focus
Rédigé par Franck Gintrand

« En matière de lutte contre le chômage, on a tout essayé. » Dix huit ans après cette déclaration de François Mitterrand, et alors que la France compte 2,6 millions chômeurs, le volontarisme politique semble pourtant toujours de mise. Ce qui ne veut pas dire que l’UMP et le PS voient le problème de la même façon et proposent les mêmes solutions. Loin s’en faut… Deuxième volet de notre grande enquête sur le clivage droite-gauche.

Le débat  sur le chômage est un grand classique des présidentielles. La majorité sortante défend l’idée que la situation s’est améliorée  en dépit d’une conjoncture difficile. L’opposition est évidemment d’un avis contraire. Quand la première prône la continuité et dénonce l’absence de réalisme du camp opposé, la seconde met en avant la nécessité de mesures fortes et nouvelles face aux piètres résultats obtenus jusqu’à présent. Ainsi va la vie démocratique : depuis le premier choc pétrolier, les acteurs changent mais les grandes lignes du scénario restent identiques et des mesures comme les « emplois d’avenir » ne sont pas sans rappeler les « emplois jeunes » d’hier. 

Pourtant, même s’il aura un petit goût de déjà vu, le débat sur l’emploi promet de beaux affrontements. L’emploi des séniors fait aujourd’hui l’unanimité et suscite une indignation partagée à droite comme à gauche. Mais au-delà de cette belle unanimité, tout oppose l’UMP et le PS.

Entreprises : aider ou punir ?

Les deux camps font l’éloge de la PME. Mais quand la droite défend le rôle central des entreprises, la gauche, elle, entend moraliser l’économie. Pour l’UMP, si la vie est difficile pour les salariés c’est parce qu’elle est trop difficile pour les entreprises. Conséquence logique : il faut « sim-pli-fier ». Simplifier les démarches administratives. Simplifier aussi l’accès au crédit des PME. Pour le PS, la solution est clairement ailleurs. Elle consiste avant tout à dissuader et punir les « licenciements boursiers » pratiqués par des multinationales sans scrupule. Le parti socialiste entend rendre plus cher ces licenciements pratiqués par des « patrons-voyous ». Il va même jusqu’à envisager l’obligation de remboursement de toutes aides publiques indûment reçues. Dans la ligne de mire : la mondialisation.

Emplois jeunes : miser sur les entreprises ou sur l’Etat ?

Le chômage est un drame et celui des jeunes est inacceptable. Une fois cette évidence rappelée, les solutions de l’UMP et du PS divergent là aussi radicalement. Quand le PS accorde encore une certaine importance à la formation professionnelle, l’UMP en fait la clef de voûte de sa politique pour l’emploi. Une quinzaine de propositions du parti majoritaire portent ainsi sur l’apprentissage et la formation continue. Une des solutions avancées par l’UMP fait d’ores et déjà parler d’elle : l’apprentissage dès l’âge de 14 ans. Pour le PS cette mesure provoquerait une « régression de la scolarité ». Si le parti socialiste souhaite encourager « toutes les formes d’alternances éducatives », la mesure forte du projet élaboré sous l’égide de Martine Aubry réside dans la création de 300.000 « emplois d’avenir » dans les secteurs d’innovation sociale et environnementale.

Même l’emploi des séniors, qui suscite plus de bons sentiments que de propositions concrètes, aussi bien à droite qu’à gauche, aboutit à une critique radicale de l’UMP par le PS qui propose de réduire progressivement le temps de travail des séniors.

Que faut-il en conclure ?

Sur un thème comme l’emploi, le clivage droite-gauche reste très fort. A droite, on considère que le rôle de l’Etat n’est pas de contribuer directement à la création de l’emploi mais d’aider les entreprises  à former et recruter. A gauche, l’Etat apparaît, au contraire, comme un intervenant à part entière pour dissuader les licenciements abusifs et pratiquer une politique volontariste en matière d’emploi. La droite serait-elle devenue un peu plus libérale et la gauche serait-elle toujours aussi dirigiste ? Telle sera en tout cas une des questions centrale du débat sur l’emploi en 2012.  

Franck Gintrand

La semaine prochaine   »êtes-vous de droite ou de gauche… sur la politique de la famille ? »

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