Analyses

AccueilAnalysesCampagnes d'opinionElectionsPrésidentiellesPrésidentielle 2012 : Ségolène Royal et l’occasion manquée de Montpellier

Présidentielle 2012 : Ségolène Royal et l’occasion manquée de Montpellier

Paru le 21 juin 2011 | dans Présidentielles
Rédigé par Franck Gintrand

Un meeting qui aurait pu être un événement

Venue apaiser les tensions entre la fédération socialiste locale et Solferino, Ségolène Royal a fait face à un événement imprévu lors de son déplacement dans l’Hérault. Alors, qu’elle tenait meeting à la Paillade – un quartier populaire de Montpellier –  son discours a été interrompu par un petit groupe du Mouvement Immigration et Banlieue (MIB) comprenant deux femmes voilées aux cris de «  Ségolène, casse-toi ! La Paillade n’est pas à toi ». En réponse à ces invectives, Ségolène Royal a appelé au calme avant de se déclarer contre les « intégristes qui n’ont pas leur place dans la république française ». Cette fois-ci, nul doute que la candidate ait fait preuve de sang froid et d’un réel sens de l’à-propos.

Tout pour faire du buzz. Et pourtant…

Hélas pour Ségolène Royal, cet incident bien géré, qui aurait pu être un superbe coup médiatique, tourne vite au non événement. Dans la foulée du meeting, l’AFP  titre sa dépêche «Royal, « candidate du peuple » qui ne veut pas « laisser le champ libre aux intégristes » ». Le titre n’est ni explicite, ni vendeur. Après l’avoir repris tel quel, liberation.fr décide presque aussitôt de le remplacer par « Royal chahutée pendant un meeting ». Si ce titre est beaucoup moins précis, et a fortiori beaucoup moins exact que le précédant, il présente l’avantage d’être nettement  plus « interpelant ». Les quotidiens nationaux ne s’y trompent pas et, à quelques nuances près, les versions web reprennent tous l’accroche de Liberation.

Un mot suffit à changer le sens de l’événement

Le verbe « chahuter », utilisé par Libération, est pourtant très fort. Contrairement à la réalité des faits, il laisse entendre que la candidate socialiste a perdu la maîtrise des évènements. Pire, qu’elle a été contestée par les militants et sympathisants socialistes lors de ce fameux meeting. Quelques articles dont le titre se rapproche plus de la dépêche de l’AFP n’y changeront rien : le mal est fait. Reléguée en seconde division par les sondages, Ségolène Royal apparaît, une fois de plus, en perte de vitesse dans la primaire qui s’annonce. Libération n’est pas seul en cause. L’événement subit de plein fouet la concurrence médiatique de la primaire écologiste qui oppose Nicolas Hulot et Eva Joly mais aussi du choix de Jean-Luc Mélenchon pour porter les couleurs du PCF.

Plus d’audience sans image

A cet effet d’agenda s’ajoute un autre facteur décisif, souligné par Bruno Roger-Petit sur son blog : l’absence d’image de l’incident. Pour le chroniqueur il suffit d’« imagine[r] que la scène ait (…) fait l’ouverture des 20 Heures de TF1 et de France 2. L’impact en aurait été sans commune mesure. « Ségolène face aux intégristes », « Ségolène se bat contre l’intolérance », « Ségolène, la République contre l’Intégrisme ». Pour le chroniquer de tels titres auraient suffi à relancer « une campagne d’élection primaire qui patine. » Faut-il dès lors, comme il le suggère, inciter les équipes des candidats à filmer systématiquement les meetings pour ne plus être tributaire des médias traditionnels ? Une chose semble sûre : après ce fameux meeting, la guerre des images ne fait que commencer…

Franck Gintrand

> Panorama évolutif des acteurs Ici

> Tous les épisodes Ici

Revue de presse

Les débats de la semaine