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Les risques de la peoplisation politique : Manuel Valls piégé par Technikart

Paru le 9 juin 2011 | dans Stratégie et communication politiques
Rédigé par Franck Gintrand

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En septembre 2009, Manuel Valls accorde une interview à Technikart. Visiblement, le maire d’Evry s’est bien préparé. Il connaît le positionnement décalé du magasine et sait qu’il s’agit d’un exercice sur le fil. Une grande partie de la discussion tourne autour de son affrontement avec Martine Aubry et de l’état du PS, de ses origines et de son engagement. Rien de bien nouveau, ni de très passionnant.

Chargé de la communication de Lionel Jospin en 1997, Manuel Valls a bien préparé l’entretien et s’en tient à ce qu’il a prévu de dire. Ce qu’il ne maîtrise pas c’est le commentaire du journaliste. A la publication, l’article oscille entre le premier et le deuxième degré. Le lieu de l’interview n’y est sans doute pas étranger, le ton est détendu et léger. Si le rédacteur en chef adjoint note que « l’évolution passera par des hommes comme Valls », le leader socialiste  »est presque trop jeune et trop beau pour être président ». Presqu’en apparté,  Olivier Malnuit ajoute mi-figue, mi-raisin : « on se croirait dans un film de Ridley Scott. Il me fait penser à Gladiator quand il revient à la ferme ». Les photos du leader socialiste dans un décor verdoyant en Toscane renforcent cette impression suréaliste. Très belles, trop belles, elles respirent le luxe et font inévitablement penser à un certain bling bling sarkozien…

Mais c’est la couverture qui fait le plus mal (d’autant qu’elle est affichée en grand format sur les kiosques parisiens). Le magasine titre sur une photo digne de GQ :  « Manuel Valls, la gauche Prada c’est lui !» Olivier Malnuit aura beau se justifier après coup en se référant au lieu de vacances, la Toscane, « lieu de naissance de Prada »), la référence à la « gauche caviar » est évidente. Conscient de s’être fait piégé, Manuel Valls justifiera cette interview par sa volonté « d’être connu » et de « toucher un public différent que l’on ne retrouve pas forcément dans d’autres médias ». Une explication un peu laborieuse. Mais l’épisode de Technikart aura au moins le mérite de faire réfléchir les politiques sur les risques de dérapage d’une « peopolisation non contrôlée » et mal préparée. Jusqu’à la prochaine fois.

Lire aussi sur Manuel Valls Présidentielle 2012 : carnet de bord du 10 juin au 16 juin 2011

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