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Les 10 grands manifestes, livres et articles politiques de l’époque contemporaine (en cours de finalisation)

Paru le 3 avril 2011 | dans Notes critiques
Rédigé par Franck Gintrand

De l’acide, une plume ou un clavier

La prise de parole publique sur des sujets de société remonte aux Lumières. Signe d’une liberté nouvelle, les écrivains lancent le débat et prennent à témoin une opinion publique naissante. Dans la « Lettre à un jeune mécanicien », Nicolas de Condorcet est un des premiers à se risquer à un jeu dangereux en se moquant ouvertement de la monarchie. Dans la même veine, « Napoléon le petit » de Victor Hugo et « Le coup d’état permanent » de François Mitterrand, le premier homme politique dont l’ouvrage à charge remporte un véritable succès, contribueront pour beaucoup à imposer un genre usant du sarcasme pour mieux atteindre sa cible. La critique du pouvoir en place n’est d’ailleurs pas le seul sujet de la prise de parole publique et politique. L’interpellation de Zola reste l’acte fondateur du débat public français dans ce qu’il peut avoir de plus brillant et de plus violent. La cause des femmes inspire également de brillants manifestes, tout comme les inégalités sociales, la peine de mort ou la guerre, voire même l’éducation nationale. Voici notre sélection.

La sélection

Sur le pouvoir en place

« Lettre d’un jeune mécanicien » de Nicolas de Condorcet – Texte intégral Ici 

Résumé : Condorcet imagine qu’un jeune mécanicien propose aux révolutionnaires de fabriquer en quinze jours « un roi qui sanctionnera les décrets à la pluralité des voix de son conseil; signera les ordres que ses ministres lui présenteront ». Et de préciser à toutes fins utiles : [ce] roi ne serait pas dangereux pour la liberté, et cependant en le réparant avec soin, il serait éternel, ce qui est encore plus beau que d’être héréditaire ».

L’intérêt du pamphlet : à travers un conte moral et politique, à la fois grave et humoristique, Condorcet défend l’idée d’une compatibilité entre la monarchie constitutionnelle et la démocratie, au risque de discréditer définitivement la première au nom de la seconde.

« Napoléon le petit» de Victor Hugo – Extrait

Résumé : Depuis son exil à Bruxelles, Victor Hugo se livre à une critique aussi brillante que violente d’une personnalité et d’un tyran, un an après le coup d’Etat de Napoléon III.

Notre avis :  Plus qu’un simple pamphlet, le  livre s’en prend à la centralisation, à l’armée permanente, à la justice inamovible et à la religion subventionnée par l’État. Manuel de morale politique, c’est un aussi éloge du débat démocratique et une esquisse de programme politique basé sur une sorte d’autogestion. Critique du livre sur Evene.fr

« Le coup d’Etat permanent » de François Mitterrand – Deux citations Ici

Résumé : Dans ce livre publié en 1964, François Mitterrand dénonce la pratique du pouvoir personnel par Charles de Gaulle. Il ne se contente pas de critiquer une nouvelle fois la Constitution : il reproche au général d’avoir dénaturé la fonction présidentielle en sortant de son rôle d’arbitre…

L’intérêt du pamphlet : Tandis que Gaston Defferre et Pierre Mendès-France insistent sur la critique du programme gaullien, François Mitterrand fait le choix dans Le coup d’Etat d’affronter l’essence même du régime gaulliste. Le livre contribue ainsi à faire de lui – qui n’est alors que le leader d’une petite formation (la CICR) – le principal opposant de de Gaulle et le représentant de la gauche aux élections présidentielles de 1965. 

Sur les femmes

« Lettre à un jeune député (contre la loi de 1920) » de Françoise Giroud – Texte intégral Ici

Résumé :

Intérêt :

 

« Le manifeste des 343» – Le texte intégral paru dans le Nvel Obs

Résumé : « Le manifeste des 343, également appelé « manifeste des 343 salopes », est une pétition française parue le 5 avril 1971 dans le no 334 du magazine Le Nouvel Observateur, et signée par 343 femmes affirmant avoir subi un avortement, s’exposant ainsi à l’époque à des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement.»

L’intérêt du manifeste : Vingt ans après la parution du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, et dans le sillage des événements de Mai 68, des femmes françaises prennent collectivement la parole pour défendre leurs droits et « la liberté de disposer de son corps ». Une première ! A noter que ce combat est soutenu dans le même numéro du Nouvel Obs par 252 médecins. En 1973, ils seront plus de 300 à reconnaître publiquement avoir pratiqué l’IVG.

Sur les inégalités sociales

« Les nouveaux barbares » de Louis-François Bertin

Résumé : Face à l’insurrection des Canuts, le propriétaire du grands Journal des débats, Louis-François Bertin (immortalisé par Ingres – détail de son portrait ci-contre) s’inquiète. Pour lui, ces artisans révoltés sont de nouveaux « barbares plus à plaindre qu’à blamer ». Ces population souffrent. Elles sont écrasées par la misère. « La société périra par ses prolétaires si elle ne cherche pas par tous les moyens possibles à leur faire une part dans la propriété ».

Intérêt du pamphlet : ce texte témoigne d’une soudaine prise de conscience face à la misère des artisans et des ouvriers des grandes industries. Il faudra néanmoins attendre dix ans après la « révolte des canuts » pour que l’Etat se penche sur la question sociale et qu’une première loi, votée en 1841, commence à encadrer le travail des enfants.

Contre la peine de mort

« Claude Gueux » de Victor Hugo - Le texte Ici

Résumé : Condamné à cinq ans d’incarcération pour vol, Claude  Geux tue le directeur des ateliers de la prison. Devant le tribunal, l’accusé justifie son geste en évoquant le sadisme de son geolier : « je n’ai pas assez de pain, un ami m’en donne, il m’ôte mon ami et mon pain. Je redemande mon ami, il me met au cachot. Je lui dit vous, à lui mouchard, il me dit tu (…)  Pourquoi ai-je volé ? Pourquoi ai-je tué ? Posez ces deux questions à côté des autres, messieurs les jurés. » Condamné, Claude Gueux est exécuté le 8 juin 1832.

Intérêt du livre : A la différence du « Dernier jour d’un condamné » rédigé trois ans avant l’exécution de Claude Gueux, ce nouveau livre parle moins de la peine capitale et de la peur de la mort que de la prison, censée punir mais aussi amender, et des conditions d’existence misérables du peuple. Victor Hugo fait d’un fait divers une fable qui pose la question de la responsabilité de la société. S’adressant aux représentants de la chambre, il écrit : « Le peuple a faim, le peuple a froid. La misère le pousse au crime ou au vice (…) Cette maladie, vous la traitez mal. Etudiez-la mieux ». Pour l’écrivain, la seule façon de remédier à cette situation est de donner la priorité à l’instruction et, plus particulièrement, à l’alphabétisation.

Sur les erreurs judiciaires

« J’accuse…! » de Zola – Le texte Ici

Résumé : Accusé d’espionnage au service de l’Allemagne, le capitaine Dreyfus est condamné au bagne à perpétuité en 1884 sur la base d’une simple lettre et malgré ses dénégations. En 1886, le nouveau chef des services secrets français s’apperçoit que le véritable auteur de cette lettre n’est pas Alfred Dreyfus, mais un commandant d’infanterie. Après la révélation de cette information par Le Matin, celui-ci est jugé puis acquitté dans la foulée. Deux jours après cette décision de justice, Emile Zola publie dans l’Aurore son fameux « J’accuse…! »

Intérêt : On le sait rarement mais, avant ce coup de tonnerre éditorial, Zola avait déjà publié trois articles restés sans retentissement particulier : « M. Scheurer-Kestner », »Le syndicat » et « Le procès verbal ». Intialement titré  « Lettre au Président de la République », le quatrième article de l’écrivain aurait pu subir le même sort si le responsable de l’Aurore n’avait eu l’idée d’un titre beaucoup plus percutant : « Jaccuse…! » Le plan de l’article est par ailleurs très simple. La première partie est consécrée aux différentes procédures judiciaires contre Alfred Dreyfus, à son arrestation puis à sa condamnation. La seconde explique les conditions de la découverte du véritable coupable. La troisième partie est consacrée à la collusion des pouvoirs publics afin de protéger le véritable coupable.

Sur l’éducation

« La fabrique du crétin » de Jean-Paul Brighelli – Quelques extraits Ici

Résumé : « (…) la vraie cause des dysfonctionnements de l’école de la République, jadis la première d’Europe, aujourd’hui la 17e au niveau mondial, très loin derrière la Finlande ou la Corée du Sud, c’est la volonté de fabriquer des élèves, des étudiants taillés selon les demandes du libéralisme triomphant… »

L’intérêt du pamphlet : publié en 2005 par le romancier et essayiste Jean-Paul Brighelli, La fabrique du crétin tape très fort sur le système éducatif français et n’épargne personne : ni les élèves, ni les parents, ni les enseignants, ni la hiérarchie de l’Education nationale, ni les différents gouvernements… A lire : une critique et la réponse de Jean-Paul Brighelli

Contre la guerre

« Manifeste des 121 » – Texte intégral Ici

Résumé : Publié dans la Vérité-Liberté, Le Manifeste des 121  contre la guerre d’Alégrie donne lieu à une réaction immédiate du gouvernement de l’époque. Vérité-liberté est saisi, son gérant inculpé pour « provocation de militaires à la désobéissance », des instigateurs du Manifeste sont poursuivis et des fonctionnaires ayant signé le « Manifeste » sont sanctionnés.

 L’intérêt du manifeste : Alors que la guerre d’Algérie divise la droite et la gauche, le « Manifeste des 121″ pour « le droit à l’insoumission » marque le retour des intellectuels sur la scène politique. Au coeur de cet appel, la dénonciation d’une guerre qui n’est « ni guerre de conquête, ni guerre de « défense nationale », ni guerre civile » mais une guerre qui « est peu à peu devenue une action propre à l’armée et à une caste qui refusent de céder devant un soulèvement ».

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