AccueilNon classéSondages présidentiels 2012 : mais où sont passés les indécis ? – Le Monde 22/03/11

Sondages présidentiels 2012 : mais où sont passés les indécis ? – Le Monde 22/03/11

Paru le 22 mars 2011 | dans Non classé
Rédigé par Franck Gintrand

Article publié par   

L’opinion hésitante : la grande muette des sondages

La publication récente d’une enquête Harris Interactive créditant Marine Le Pen de 24 % des intentions de vote a suscité un emballement médiatique et un affolement politique qui rappellent en mode inversé l’euphorie dont ont bénéficié Ségolène Royal et François Bayrou à l’approche des dernières présidentielles.

Le soupçon pèse à nouveau sur les pratiques et l’éthique des sondeurs. Une fois de plus, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’absence de neutralité des instituts et la manipulation de l’opinion. D’autres voix, plus constructives, réclament la publication des résultats bruts, une explicitation des méthodes de redressement ou encore la mention des marges d’erreurs.

LE FAUX DÉBAT DE LA MARGE D’ERREUR

Certains prônent la publication systématique d’un « intervalle de confiance » consistant, par exemple, à afficher un 49 %-­53 % ou un 47 %-­51 % plutôt qu’un 51%-­49% pour une marge d’erreur équivalant à 4%. Outre le fait qu’il ne faut pas être grand clerc pour imaginer qu’à 49%-­51% rien n’est joué, ce type de présentation ne sert à rien sinon à compliquer un peu plus la lecture des résultats. L’expérience a d’ailleurs été tentée par IPSOS au début des années 2000 et très vite abandonnée pour ces mêmes raisons. Rappelons par ailleurs qu’il est impossible de calculer la marge d’erreur d’une enquête réalisée selon la méthode des quotas. Il est enfin ridicule de se focaliser sur le degré de précision d’intentions de vote dont la véracité ne pourra être établie qu’au soir du scrutin.

Toutes ces considérations ne font que brouiller un peu plus le débat. Elles finissent surtout par faire oublier que l’opinion n’a pas forcément une opinion. A fortiori sur un scrutin dont l’échéance est encore lointaine et la configuration largement incertaine. Où sont passées les personnes qui ne se sont pas prononcées et celles qui donnent une intention de vote mais dont le choix n’est pas encore définitivement arrêté ? Nulle trace ni dans la synthèse des résultats du sondage Harris, ni dans les nombreux articles qui s’en sont fait l’écho.

L’OPINION HÉSITANTE, LA GRANDE MUETTE DES ENQUÊTES

Cette omission de l’opinion qui hésite et qui doute n’est pas un cas isolé. Déjà pour les présidentielles de 2007, la majorité des sondages ne mentionnaient pas le nombre de « NSP » (Ne se prononce pas) ni celui des indécis.

Quatre ans plus tard, nous en sommes toujours au même stade. Comme si les instituts de sondages mettaient un point d’honneur à renvoyer l’image d’une opinion sûre d’elle-­même et de ses choix.

La réalité est bien différente. Et heureusement. C’est parce que l’opinion hésite que la démocratie existe et qu’une campagne politique a un sens. Le devoir des instituts est de suivre cette partie de l’opinion qui se cherche et d’offrir ainsi une vision réellement dynamique du choix électoral.

Un an avant la présidentielle de 2007, près de 40 % des électeurs étaient incapables de se prononcer. Qu’en est-­il aujourd’hui ? De la même façon, combien parmi les personnes qui donnent une intention de vote lors d’une enquête sont-­elles sûres de leur choix ? De la réponse à ces questions peut naître une vision pacifiée et plus juste des sondages, à commencer par ceux qui placent Marine Le Pen en tête des intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle.

C’est la raison pour laquelle, publier systématiquement le pourcentage des « NSP » et des indécis sans attendre une loi donnerait un signal fort en direction des Français et de la classe politique.

Accorder autant d’importance à l’opinion qui a fait un choix qu’à celle qui hésite, tel est aujourd’hui l’impératif majeur.

Franck Gintrand – Global conseil

> Tous les analyses critiques sur les sondages