AccueilNon classéCommission nationale des sondages : pourquoi tant de mystère ? – Agoravox / 17 mars 2011

Commission nationale des sondages : pourquoi tant de mystère ? – Agoravox / 17 mars 2011

Paru le 16 mars 2011 | dans Non classé
Rédigé par Franck Gintrand

 Article publié par  

Une institution à réformer d’urgence

Censée veiller à la déontologie des enquêtes politiques, la Commission des sondages se révèle dans la pratique très compréhensive vis-à-vis des instituts et très peu communicante vis-à-vis des citoyens. Mais à quoi sert donc la Commission des sondages ?

Quelque part dans une aile du Palais Royal siège la « police des sondages », une des plus anciennes et des plus discrètes autorités administratives indépendantes. Aucun Français n’a jamais entendu parlé de son responsable. Nul ne sait exactement quand ses réunions se tiennent, ni même ce qui s’y dit. Pas l’ombre d’un numéro indigo ou d’un formulaire de réclamation en ligne, ni de liste des questions les plus fréquemment posées. Pas de newsletter et encore moins de flux RSS. De là à dire que la Commission des sondages ne fait rien pour être contactée facilement il n’y a qu’un pas.

Pourquoi tant de mystère et d’opacité ? La Commission, même si elle assume de grandes responsabilités, demeure une petite institution. Quasiment pas de budget, des fonctionnaires mis à disposition en plus des locaux grâcieusement prêtés par le Conseil d’Etat. Et surtout, un petit cénacle constitué de 11 membres dont deux seulement sont des experts des sondages. Certes, la Commission peut faire appel à des experts vacataires. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne fait pas preuve de sévérité à l’égard des instituts qu’elle est censée contrôler.

Alors qu’elle peut sanctionner les dérives, elle ne s’y risque pas souvent. 11 mises au points pour les présidentielles de 1995, 2 pour celles de 2002, autant pour celle de 2007 et rien depuis alors que les sondages sur les présidentielles ont repris de plus belle l’année dernière. A croire que les sondages sont devenus irréprochables ! Pourtant il n’y a jamais eu autant de polémiques sur les méthodes utilisées depuis très longtemps. Il est vrai qu’à lire son site internet, la Commission ne voit pas de raisons d’appliquer des sanctions. Comment expliquer un tel décalage ?

Officiellement elle affirme vouloir utiliser avec prudence les pouvoirs de sanction dont elle dispose. Ce que la Commission justifie sur son site par une phrase dont on appréciera à sa juste mesure la formulation alambiquée : « […] dans le milieu relativement restreint des organismes de sondages, des mises en garde répétées à l’encontre de l’un d’entre eux auraient incontestablement pour effet d’en ternir l’image, y compris dans d’autres domaines que celui de la politique […] ».

La Commission serait-elle un univers fonctionnant totalement en vase clos ? Pas complètement. Depuis 2002, tout citoyen peut demander à consulter des informations communiquées par les instituts à la Commission des sondages mais qui sont rarement publiés : le texte intégral des questions posées dans le cadre de l’enquête et le taux de non réponse à chaque question. Visiblement, la Commission n’est pas assaillie de demandes. D’après son site internet, elle ne reçoit en moyenne que 2 à 3 sollicitations par élection.

Normal, pour se procurer les notices, le site nous informe qu’il faut faire une démarche, venir sur place et prendre des notes ! Tout ça sent le renfermé. A défaut d’y avoir jamais mis les pieds, on s’imagine des bureaux avec un parquet qui grince, des classeurs empilés, de la poussière et une horloge qui rythme les heures. Il est grand temps de donner un coup de jeune à cette institution qui paraît dater d’un autre âge.

A l’heure d’internet et du web 2.0, il serait quand même plus simple que la Commission publie sur son site les méthodes utilisées par les instituts. Cette mesure de transparence lèverait le soupçon qui pèse aujourd’hui sur les sondages et sur la Commission en charge de les surveiller. Cela éviterait aussi que la moindre déclaration des membres de la Commission soit interprétée comme le signe d’une connivence avec les instituts de sondage.

A paraître

  • « Mais où sont passés les indécis ? »
  • « Pour une image plus fidèle de l’opinion »

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