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Clivage droite-gauche : une réalité persistante

Paru le 22 janvier 2011 | dans Généralités
Rédigé par Franck Gintrand

Le vote réflexe n’a pas disparu 

Le revenu, l’âge et le niveau de formation n’expliquent plus le vote de droite et de gauche. Mais attention : le clivage n’a pas disparu, il s’est simplement déplacé.

On le dit souvent (et c’est en partie vrai) : le clivage opposant traditionnellement la droite et la gauche s’est affaibli. Jusque dans les années 80, le paysage politique s’organisait simplement. Les catégories les plus modestes votaient à gauche et les catégories plus favorisées à droite. Aujourd’hui, les cadres supérieurs et professions libérales de même que les professions intermédiaires votent aussi bien à droite qu’à gauche.  Les uns et les autres ont majoritairement choisi Lionel Jospin en 1995 et voté aussi bien pour Ségolène Royal que pour Nicolas Sarkozy en 2007. Quant aux ouvriers, ils se sont détournés du parti communiste et ont fait du FN le premier « parti des travailleurs ».

La disparition des classes pourrait expliquer celle du vote de classes. Ce serait même l’explication la plus simple. Sous l’effet d’un redémarrage des inégalités, qu’Emmanuel Todd date de 1998 dans son dernier livre (« Après la démocratie »), les groupes sociaux ont perdu beaucoup de leur cohérence. Le fait d’appartenir à tel ou tel groupe ne signifie plus grand chose en tant que marqueur social. On peut continuer à parler par commodité des professions libérales ou des professions médicales mais il est difficile de défendre l’idée d’un intérêt commun de ces professions lorsqu’on sait que le revenu des professionnels libéraux varie aujourd’hui de un à vingt et celui des professions médicales (ou paramédicales) de un à douze.

Le vote droite-gauche n’a pas pour autant disparu. Il dépend désormais beaucoup plus de l’appartenance au secteur public ou au secteur privé qu’à une catégorie donnée. A droite : les indépendants (agriculteurs, artisans, commerçants) et les salariés du privé. A gauche : les fonctionnaires. Entre ces deux grands ensembles, une exposition différente à la conjoncture économique et au marché de l’emploi. Dans « La nouvelle critique sociale », Eric Maurin distingue trois groupes : les « précaires » (nombreux dans le nouveau prolétariat des services mais aussi dans les classes moyennes), les « protégés » (notamment par le statut du fonctionnariat) et les « compétitifs » (les moins nombreux). Mais l’idée est la même : le vote à gauche ou à droite serait de moins en moins conditionné par l’appartenance à une catégorie que par le statut du travail.

Le nouveau clivage structure largement le débat. La droite sait (mais oublie parfois) que son principal risque est d’apparaître comme le porte parole des ménages les plus favorisés. Jouant sur l’oppositon avec les fonctionnaires, elle critique les avantages acquis, le privilège de l’emploi à vie et propose de « travailler plus pour gagner plus ». De son côté, la gauche tente (souvent sans succès) de ne pas se laisser enfermer dans ce piège. Cherchant à miser sur l’existence d’un intérêt commun entre salariés du public et du privé, elle dénonce l’aggravation de la précarité occasionnée par la réforme des sytèmes de protection sociale. Bref, chacun tente d’élargir son assise naturelle en plaçant la ligne principale d’opposition sur des problématiques différentes.

Compte tenu de cette ligne de partage idéologique, le thème des présidentielles est en partie prévisible. Comme en 2007, la droite tentera de cliver  le débat sur le travail (et donc  »les deux France ») ou, si le chômage ne le permet pas (ce qui ne peut pas être exclu), sur l’insécurité et l’immigration. La gauche peut-elle mettre à son tour la droite en difficulté sur le thème de la fiscalité en substituant au clivage exposés/protégés le clivage opposant hauts revenus et revenus modestes ? C’est en tout cas le pari de François Hollande pour conquérir les employés et les ouvriers…

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