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Le thème du "nouveau visage" politique : Marine Le Pen par Philippe Petit pour Paris-Match

Paru le 11 novembre 2010 | dans Images du pouvoir
Rédigé par Franck Gintrand

Comment le politique se met-il en scène à travers la photographie de presse ? Du 30 septembre au 31 décembre 2010, le Fil rouge analyse 12 photographies de Paris-Match, à raison d’une à deux photographies par semaine, avant d’en tirer les enseignements généraux début 2011.

Les militants votent. Les médias aussi

Le dernier numéro de Paris-Match présente Marine Le Pen comme « le nouveau visage de l’extrême droite ». Pourquoi « nouveau » ? Que s’est-il passé ? En fait, rien. Rien sinon une convergence d’intérêt entre la logique des médias qui voient dans Marine Le Pen un sujet vendeur (débarassé du souvenir culpabilisant du 21 avril) et la stratégie de Marine Le Pen qui entend incarner une nouvelle génération face à l’ancienne garde du Fn.

Plan serré, large sourire et regard direct : la photographie de Marine Le Pen publié cette semaine par Paris-Match est à l’image de l’article signé par Mariana Grépinet : très largement positif pour la « fille de ». Ce n’est pas le premier portrait flatteur. Celle, que Paris-Match voyait de « plus en plus isolée » en février 2009, change brusquement de statut quelques semaines plus tard. Pour Paris-Match, c’est elle qui « remet le FN en course » aux régionales.  C’est elle qui part aux Européennes « sans peur, seule contre tous ».  Et c’est elle qui expose les actions qu’elle mettrait prioritairement en oeuvre « si elle devenait chef de l’Etat », en juillet dernier.

L’article qui vient de sortir n’a donc rien d’une première. D’où une question : que s’est-il passé pour que Marine Le Pen soit présentée comme « le nouveau visage de l’extrême droite » (2)? La réponse est simple : rien.  En tout cas rien d’important depuis juillet dernier, exception faite du démarrage de la campagne pour le remplacement de Jean-Marie Le Pen à la tête du Fn. Cette campagne qui oppose la fille du président à Bruno Gollnisch a débuté en septembre et s’achèvera en janvier prochain. Si Marine Le Pen est donnée favorite, l’issue du scrutin pourrait être plus serré que prévu. C’est en tout cas le risque inhérent à toute élection qui parait jouée d’avance.

Mais de leur côté, les médias ont déjà fait leur choix. Qu’il s’agisse de critiquer ses idées ou de s’intéresser à sa personnalité, tous ont fait le même constat : Marine Le Pen fait vendre et, c’est un avantage, sans inspirer la même opprobre que son père. Le titre de l’article de Paris-Match c’est un peu comme si les médias avaient pris fait et cause pour Martine Aubry ou Ségolène Royal lors de la dernière élection du premier secrétaire du PS en présentant l’une ou l’autre comme le « nouveau visage du socialisme » avant le scrutin. Il faut quand même oser. Pour Marine Le Pen, Paris-Match l’a fait.

Cela tombe bien : Marine Le Pen a aussi besoin de la presse  pour convaincre les ultras comme les tenants d’une alliance avec la droite. Son message ? Le renouveau dans la continuité. Dans d’autres circonstances, ce genre de positionnement tournerait vite court. Concernant Marine Le Pen, il est idéalement conçu pour les médias. Sur le registre de la continuité, la fille de Jean Marie Le Pen n’a évidemment pas besoin d’en rajouter, son nom suffit. Mais le renouveau peut aussi se passer de mots. Car Marine Le Pen incarne le renouveau. Elle l’exprime par sa (relative) jeunesse mais aussi par son (très) large sourire qui suffisent, là encore, à la différencier de son père.

En fait, l’article s’adresse moins au lecteur UMP – contrairement à ce que soutient un article récent de Marianne (1) – qu’à l’électeur du Front national, celui qui élira le nouveau président du mouvement. C’est cet électeur que Marine Le Pen entend prioritairement convaincre. C’est ce qui explique le choix du portable. Ce portable que Marine Le Pen tient dans sa main et qui semble lui inspirer un large sourire. Un choix bizarre et que le magazine justifie en parlant d’un échange de sms avec sa fille cadette.

En réalité, l’iPhone que tient Marine Le Pen n’a rien d’un choix anodin. Dès le lancement de la campagne pour l’élection du président du FN, Bruno Gollnisch a lancé une application iPhone de son site, une « application disponible gratuitement sur iTunes Store» (voir photo ci-contre). S’il est impossible de mesurer l’impact de cette innovation auprès des jeunes frontistes, elle a semble-t-il fait son effet au sein du mouvement, d’autant plus que l’initiative venait du candidat réputé le moins «dans le coup» des deux. La photographie de Marine Le Pen est la réponse de la bergère au berger.  Que son adversaire ait voulu jouer la carte de la jeunesse et de la modernité, sa carte à elle, lui donnerait presque envie de rire. Car s’il y a un combat qu’elle est certaine d’avoir déjà gagné, c’est bien celui-là…

(1)  Marianne : « Quand Paris-match remaquille Marine Le Pen » (2) L’expression de « nouveau visage » est utilisée pour qualifier la montée de Marine Le Pen au sein du FN dans un article de fluctuanet dès 2006. Elle a été plus récemment utilisée en mai dernier pour désigner la présidente fondatrice du Front national de la jeunesse corse par le journal Corse matin et, voici un mois, par un jeune socialiste dans son blog au sujet de Marine Le Pen. 

Franck Gintrand – « La mise en scène de la vie politique par la photographie : l’exemple de Paris-match »

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