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L'impossible fronde contre la grande distribution : après les commerçants et les agriculteurs, les syndicats et les associations de consommateurs ?

Paru le 8 septembre 2010 | dans Politique extérieure de l'entreprise
Rédigé par Franck Gintrand

Réglementation des implantions, montée des oppositions, responsabilité sociale et environnementale : le Fil rouge fait le point sur la situation politique du secteur de la grande distribution.

Des hypers jugés de moins en moins supers

Autrefois considérée comme le champion de la lutte contre la vie chère, la grande distribution est de plus en plus contestée. Le phénomène n’est pas nouveau du côté des commerçants et des agriculteurs mais il s’étend aujourd’hui aux syndicats de salariés et aux associations de consommateurs, les syndicats réussissant à organiser des grèves  dans des entreprises qui jusque-là étaient largement épargnées par les mouvements sociaux, les associations de consommateurs se montrant beaucoup plus critiques qu’autrefois sur la politique des grandes chaînes de distribution. Seules les associations environnementales semblent, pour l’instant, relativement indifférentes ou désireuses de coopérer avec les grandes chaînes.

Les commerçants râlent sans s’unir

Les premiers impactés par l’installation d’une enseigne de la grande distribution sont logiquement les commerces de proximité, notamment en centre-ville. Ce sont en tout cas les premiers que les élus locaux doivent convaincre en cas de nouvelle implantation. Néanmoins, rares sont les associations qui décident de se lancer dans une opposition frontale aux projets de grandes surfaces en périphérie (exception faite de la FADUC sur Montpellier) et encore plus rares celles qui mènent ce combat à l’échelon national. Même si elle ne diffuse plus aucun document depuis 2008, Procos est sans doute la plus active. Mais son action reste largement confidentielle, tant vis-à-vis de l’opinion que des pouvoirs publics.

Les agriculteurs mènent des actions coup de poing

La plupart du temps ce sont les organisations généralistes, leurs associations spécialisées ou des coordinations qui sont à l’origine des manifestations les plus spectaculaires comme, en 2009, le blocage des plateformes d’approvisionnement des grandes surfaces ou encore le déversement de milliers de litres de lait dans toute la France au cours de l’été. Ces actions qui dénoncent le décalage croissant entre prix d’achat et prix de revente par les grandes centrales d’achat sont-elles suffisantes pour fragiliser les hypers ? En tout cas, l’opinion n’y est pas indifférente (voir sondage IPSOS après cet article), les politiques doivent en tenir compte tandis que la grande distribution joue la division et tente d’affaiblir la FNSEA en réclamant au gouvernement d’associer tous les mouvements syndicaux sans exception.

Les syndicats se mobilisent

Pour la première fois en 2008, plusieurs syndicats ont appelé les 636.000 salariés du secteur de la grande distribution à faire grève. Selon les syndicalistes, le taux de grévistes était de 80%. Selon le patronat, il ne dépassait pas 5%. Peu importe. Il semble qu’un mouvement soit amorcé. En mars dernier, Auchan a même connu sa première grève. Témoignant de l’intérieur des conditions de travail,  « Les Tribulations d’une caissière » donne un visage à cette nouvelle figure du prolétariat. Le livre se vend à plus de 100 000 exemplaires et fait l’objet de nombreux articles, y compris à l’international (voir l’article du Times Ici).

Les associations environnementales collaborent

Si la grande distribution n’a pas anticipé la lame de fond environnementale (en tout cas moins en France qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas), la situation a beaucoup changé. Nombreuses sont les chaînes à avoir perçu l’intérêt, au moins en termes d’image, à se positionner sur le commerce équitable, le bio mais aussi le développement durable. Afin de témoigner de cette volonté, la FCD (qui regroupe les grandes enseignes comme Carrefour, Auchan…) a signé une convention d’engagement dans le cadre du Grenelle en 2008 et fait récemment un premier bilan des actions entreprises. Cette politique vaut à la grande distribution de ne pas être dans le collimateur de grandes associations comme France Nature Environnement ou Greenpeace, sinon parfois sur des sujets aussi spécifiques que les sacs plastiques ou le thon rouge.

Les associations de consommateurs se fâchent

Rien ne donne une meilleure idée de l’évolution des relations entre associations de consommateurs et grande distribution que l’interview donnée par Alain Bazot, président d’UFC Que Choisir à La Tribune le 6 septembre dernier. Constatant un dérapage des prix dans le secteur alimentaire, le responsable de l’association de consommateur dénonce « l’absence de corrélation entre ce que perçoit le producteur et ce que paie le consommateur ». Selon lui, « on a laissé trop longtemps la bride sur le cou à la grande distribution parce qu’à ses débuts, elle a su accomplir sa mission : mettre à la disposition du plus grand nombre des biens de consommation à des prix les moins élevés possibles (…) Aujourd’hui les géants de la distribution appliquent ce que j’appelle un Yalta du territoire. » La solution pronée par l’UFC ? Limiter les marges et faciliter l’accès au marché des enseignes étrangères.

Commerçants, agriculteurs, syndicats, associations de consommateurs : tous ces acteurs n’ont ni la même puissance d’influence, ni la même visibilité, ni forcément les mêmes intérêts. Mais leur mobilisation commence à porter ses fruits. La grande distribution a-t-elle les moyens de faire entendre sa voix et de défendre ses intérêts ? Jamais, en tout cas, elle n’aura paru aussi mal aimée, ni aussi isolée.

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