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Les travers de la fonction publique dénoncés par une fonctionnaire : le brûlot interne de Zoé Shépard

Paru le 3 septembre 2010 | dans Crises politiques
Rédigé par Franck Gintrand

Kafka 2010

« Je suis un petit rouage d’un univers où ceux qui en font le moins se déclarent « dé-bor-dés ! » Où les 35 heures se font… en un mois. [Où] l’essentiel est de réussir à gaspiller son temps en prenant un air important, à lécher les bottes des dirigeants pour glaner quelques informations et à jouer les fidèles vassaux des élus tout puissants… » Selon l’auteur, qui publie son pamphlet sous le pseudonyme de Zoé Shépard, « Absolument débordé » est le fruit de la désillusion, celle d’une jeune femme découvrant les absurdités de la FPT depuis les questions (très prévisibles) de l’oral du concours, en passant par les délais (excessivement) généreux pour réaliser des dossiers (sans utilité), l’absentéisme (étrangement saisonnier) jusqu’aux sureffectifs (qui frapperaient surtout les personnels d’encadrement)… Tout y passe, même la cantine relookée en « sorte d’aquarium psychédélique » pour plus d’un million d’euros.

Le problème c’est que, même si Zoé s’en défend, « Absolument débordé » est vite perçu comme une attaque en règle de la fonction publique. Et qu’inévitablement certains de ses collègues du conseil régional d’Aquitaine, mis en cause ou ridiculisés par l’auteur, se reconnaissent et apprécient très moyennement.

Démasquée, Zoé Shépard, qui s’appelle plus prosaïquement Aurélie Boullet, va sans doute devoir trouver un nouvel employeur. Alors que le conseil de discipline s’était prononcé pour un renvoi de deux ans de la fonction publique, Alain Rousset (PS), président de la Région Aquitaine, l’employeur d’Aurélie, lui a remis le 30 août un arrêté la suspendant 10 mois à compter du 1er septembre, dont 4 mois fermes et sans salaire, estimant cette décision « très équilibrée, tenant compte de son âge et de sa première expérience professionnelle » (1). Pour Aurélie Boullet, les motifs de la sanction ne tiennent pas. Pour elle, on ne trouve dans son livre aucune révélation concernant des sujets confidentiels et les personnages ont volontairement été caricaturés. Qui plus est Aurélie-Zoé dit avoir attiré plusieurs fois l’attention de sa hiérarchie sur le fait qu’elle n’avait pas assez de travail.

Si les critiques de la part de ses anciens collègues ont été nombreuses, Aurélie Boullet n’a pas reçu moins de compliments et de messages de soutien, sur des forums Internet notamment, où d’autres fonctionnaires territoriaux disent la comprendre parfaitement. Du côté de la classe politique, Gilles Savary, Conseiller Général PS de Talence et Vice-président du conseil général de Gironde, est l’un des seuls à avoir réagit, déplorant un « règlement de compte fulminant et amer », mais reconnaissant tout de même que la critique de « l’excessif confinement de la fonction publique territoriale et les risques de dépérissement clientéliste » était parfaitement justifiée.

(1) L’histoire d’Aurélie Boullet n’est pas sans rappeler celle de Corinne Maier, auteur d’un autre brûlot sur la culture d’entreprise, le célèbre « Bonjour paresse », vendu à plus de 250 000 exemplaires et traduit dans 25 langues, qui lui valu d’être convoquée puis licenciée par son entreprise, EDF.

Le livre Ici

Sur le même sujet, nous conseillons la lecture de « Tu m’envoies un mail. Bienvenue dans le monde de l’entreprise » de Emmanuelle Friedmann. Lire la critique dans notre Sélection 2011 du Fil rouge : Les 10 meilleurs livres et le meilleur film sur l’opinion et ceux qui la font

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