Analyses

AccueilAnalysesCampagnes électoralesCrisesCrises corporateEDF face aux tempêtes de 1999 et 2009 : communication "de" crise et "sur" la crise

EDF face aux tempêtes de 1999 et 2009 : communication "de" crise et "sur" la crise

Paru le 16 août 2010 | dans Crises corporate
Rédigé par Franck Gintrand

Durant le mois d’août, le Fil rouge revient sur des événements qui ont marqué l’histoire de la communication de crise, en comparant à chaque fois deux exemples présentant une problématique similaire.

Quel objectif  de communication face à la crise ?

Face à deux tempêtes dévastatrices pour le réseau électrique, EDF a joué la carte de ce qu’il est convenu d’appeler « la communication de crise ». Un réflexe perçu comme légitime la première fois et beaucoup moins la seconde. Mais s’agissait-il d’une communication destinée à résorber rapidement la crise ? En partie seulement.

Deux tempêtes d’une violence exeptionnelle

Les 26 et 27 décembre 1999, deux tempêtes d’une violence exceptionnelle, Lothar et Martin, frappent le nord et l’ouest de la France. Le 26, des rafales de vent atteignant des pointes de 200 km/h traversent la Bretagne, la Normandie et l’Ile-de-France puis la Champagne-Ardenne, la Lorraine et l’Alsace en France avant de poursuivre leur route vers l’Allemagne. Le lendemain, Martin s’abat avec la même violence sur les régions Poitou-Charentes, Aquitaine et Midi-Pyrénées. « La tempête du siècle » provoque la mort de 92 personnes. Plus de 3,4 millions de foyers sont privés de lumière ou de chauffage.

Dans le courant de la journée du 23 janvier 2009, les premières rafales touchent le littoral galicien et le littoral cantabrique, avant de frapper les côtes aquitaines dans la nuit puis de s’étendre à Midi-Pyrénées. Le nombre de victimes tuées directement ou indirectement par la tempête est de 31 personnes en Europe dont 12 en France. Plus de 1,7 million de foyers sont privés d’électricité dans un large quart sud-ouest (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes, Limousin et Auvergne).

Communication d’EDF : des contextes très différents en 1999 et 2009

La tempête de décembre 1999 nécessite trois semaines d’intervention pour que tous les foyers soient à nouveau alimentés en électricité. Les médias sont invités à filmer des techniciens d’EDF remontant les lignes sous des conditions atmosphériques particulièrement difficiles. Parallèlement l’entreprise diffuse des conseils à la radio ou à la télévision. Personne n’évoque la politique du tout-aérien au détriment de l’enfouissement des lignes haute tension et l’intervention des personnels techniques est unanimement saluée. EDF voit très vite le profit qu’elle peut en tirer aussi bien interne qu’en externe. D’une part, l’entreprise sort un numéro spécial de son journal « La vie électrique », sur le thème des intempéries de décembre intitulé « Des hommes dans la tempête ». D’autre part, l’entreprise fait réaliser un spot qui se veut « un hymne à la magie de l’électricité ». Baptisé « Odyssée 2000 », il met en avant la présence de l’entreprise aux moments forts de la vie : « hier pour tout rebrancher [pendant la tempête] et aujourd’hui comme demain pour tout vérifier, tout préparer, tout explorer, tout éclairer ». Le spot est passé 150 fois sur les principales chaînes.

Tout se passe différemment en 2009. D’abord EDF n’est plus responsable du réseau. L’entretien et le développement de celui-ci est assuré par RTE depuis 2005 et ERDF depuis 2008. Cela n’empêche pas Pierre Gadonneix, PDG d’EDF, de communiquer comme si rien de n’était, en parallèle de ERDF. Cette communication  lui vaudra un blâme de la Commission de régulation de l’énergie pour avoir tenté de créer une confusion des rôles en termes d’images au détriment de ses concurrents privés. Surtout, la communication d’EDF se retourne contre elle dans les semaines qui suivent. Là où la tempête de 1999 avait créé un évènement sans précédant et par conséquent sans équivalent, la tempête de 2009 est inévitablement comparée à celle de 1999. Se pose alors la question de savoir si des enseignements ont été tirés pour limiter les dégâts occasionnés par ce type de catastrophe naturelle. Et la réponse est loin d’aller de soi. François Bayrou juge «inimaginable» qu’un pays comme la France soit «aussi vulnérable à un coup de vent». A l’assemblée nationale, quatre députés écologistes remarquent que « les lignes moyenne et basse tension ont subi des dégâts plus lourds qu’en 1999 ». De son côté, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) observe qu’«après la tempête ERDF a reconstruit les réseaux à l’identique, alors que nous plaidions pour l’enfouissement ». Ces griefs s’adressent à ERDF mais dans la mesure où EDF s’est largement mise en avant, la confusion tend à se retourner contre elle, dans les médias et l’opinion publique.

Quand la gestion de crise n’est pas uniquement de la communication

Dans les jours qui suivent une catastrophe naturelle, la communication peut et doit rassurer. Elle possède même une valeur informative sur les erreurs à ne pas commettre. Mais la communication grand public n’est dans ces cas là qu’un aspect de la gestion de crise, le plus important étant de redonner rapidement du courant aux endroits qui en ont un besoin vital : hôpitaux, maternités et maisons de retraites. Cette liste n’est pas exhaustive. Jean-Pierre Bourdier Directeur Développement Durable et Environnement d’EDF en 2002 rappelle le cas « des élevages du Canada ou il avait fallu abattre des centaines de vaches faute de  pouvoir les traire. On se souvient aussi des stations de pompage et de traitement des eaux de Montréal en panne faute de courant (y compris de courant fourni par les groupes électrogènes, eux-mêmes en panne faute de fuel, les raffineries n’ayant plus d’électricité). Plus généralement, les zones de grande concentration humaine comme les villes, ne peuvent rester très longtemps sans courant, compte tenu de la gravité des phénomènes sociaux qui peuvent s’y produire quand la sécurité n’y est plus assurée. » Autant d’enjeux qui sont d’autant mieux gérés qu’ils ne sont jamais médiatisés.

Alors, EDF a-t-elle bien communiqué en 1999 et mal communiqué en 2009 ? Tout dépend de quelle communication on parle. Si la communication de crise consiste à utiliser la communication pour aider à résorber la crise (ce qui semble être une définition communément admise de la « communication de crise »), rien ne permet d’affirmer que cette communication a été plus mauvaise en 2009 qu’en 1999. En revanche, s’il s’agit de valoriser l’action de l’organisation face à la crise, les deux communications entreprises à 10 ans d’écart n’ont pas eu la même efficacité. Autant EDF a su exploiter intelligemment la tempête pour valoriser sa réactivité en 1999, autant elle a eu le tort de vouloir renouveler l’opération à l’identique en 2009 en faisant oublier qu’elle n’était plus en charge du réseau. Mal lui en a pris : l’entreprise s’est retrouvée à devoir pour partie assumer la polémique sur l’enfouissement des réseaux…

Franck Gintrand - « Mieux comprendre les enjeux de la communication de crise : 12 analyses comparées »

A lire

TEMPETES DE 1999 ET SITUATIONS DE CRISES : QU’AVONS-NOUS APPRIS ?  par Jean-Pierre Bourdier Directeur Développement Durable et Environnement, Groupe EDF

Toutes les analyses comparées de situations de crise

Revue de presse

Les débats du moment