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Gestion politique des attentats du 11 septembre 2001 et du 11 mars 2004 : les risques d'une accusation précipitée

Paru le 4 août 2010 | dans Crises politiques
Rédigé par Franck Gintrand

Durant le mois d’août, le Fil rouge revient sur des événements qui ont marqué l’histoire de la communication de crise, en comparant à chaque fois deux exemples présentant une problématique similaire.

Face à l’impensable

World Trade Center en 2001 et Madrid en 2004. Deux attentats. Deux leaders confrontés à la nécessité d’expliquer et de rassurer. Deux façons de procéder. Et des conséquences politiques radicalement opposées.

Stupeur et réactions

Le 11 septembre 2001, deux avions s’écrasent contre les tours du World Trade Center à New York à 8h46 et 9h03. A 9h29, George Bush fait état d’une attaque terroriste lors d’une première allocution télévisée. A 9h37, un troisième avion s’écrase contre le pentagone, tandis qu’à 10h03 un quatrième, lui aussi détourné, s’écrase en Pennsylvanie. Après avoir mis l’armée puis tous les services du Gouvernement en état d’alerte, George Bush s’adresse à la nation à 20h30 et assure la nation de sa volonté de « gagner la guerre contre le terrorisme ». Dans les jours qui suivent, le président américain continue de parle d’ « actes de guerre », d’ « attaques meurtrières » sans préciser, ni même faire de suppositions sur l’identité des auteurs de l’attentat. Ce n’est que 17 septembre 2001, soit six jours après les attentats, qu’il accuse Oussama Ben, déclare vouloir le capturer « mort ou vif » et s’en prend au gouvernement taliban afghan accusé de le cacher. 

Le 11 mars 2004, à trois jours des élections générales en Espagne, 10 bombes (sur les 13 prévues) explosent dans des trains de la banlieue de Madrid (dans les gares d’Atocha, El Pozo et Santa Eugenia) entre 7h37 et 7h55 du matin. Les attentats font 191 morts et 1858 blessés. José Maria Aznar condamne alors fermement toute forme de terrorisme, et déclare immédiatement trois jours de deuil national. La campagne électorale des législatives est suspendue. C’est par le biais de son Ministre de l’Intérieur, Angel Acebes, que le Gouvernement Aznar accuse l’ETA. Les preuves ne sont pas définitives, mais le Gouvernement valide sans attendre la première hypothèse des services de renseignement espagnols qui se disent « presque certains » que l’ETA est l’auteur des attentats. Dans un premier temps, les journalistes sont nombreux à valider la thèse du gouvernement, dont Le Monde qui titre « Un retour sanglant d’ETA sur la scène politique espagnole » le 12 mars 2004.

Des conséquences politiques radicalement opposées

Dans les jours qui suivent les attentats, la cote de popularité de George Bush atteint 90%. Le 7 octobre, toujours soutenu par l’opinion, et avec l’appui de ses partenaires de l’OTAN, George Bush décide d’envahir l’Afghanistan. La popularité de George Bush n’est pas un feu de paille : elle reste constamment supérieure à 50% jusqu’à sa réélection en 2004. Bien que George Bush essuie de nombreuses critiques pour son engagement en Afghanistan, la « Guerre contre le terrorisme » fait l’unanimité, au sein de l’OTAN et à l’ONU qui a approuvé l’intervention militaire. La guerre en Irak, bien qu’elle soit beaucoup plus controversée, fait passer la popularité du président américain de 60 à 70 %, et lui assure la réélection en 2004 avec plus de 3,5 millions de voix d’avance sur l’opposant démocrate John Kerry.

En Espagne, les conséquences politiques de l’attentat sont radicalement différentes.  Le 14 mars, Al-Qaeda revendique les attentats, et contre toute attente, le parti politique d’Aznar (le Parti Populaire, PP) perd  les élections au profit du Parti Socialiste (PSOE) de José Luis Rodriguez Zapatero. Mariano Rajoy, le candidat du PP ne récolte que 37,7% des voix, alors que le PSOE gagne les élections avec 42,6% des suffrages, soit un nombre de voix supérieur de 40% au score de 2000. L’accusation hâtive de l’ETA et l’engagement en Irak ternissent pour longtemps l’image du PP, qui n’arrive plus à se relever depuis 2004. En effet, le parti de Rajoy perd de nouveau les élections en 2008 par 39,94% des voix contre 43,87% pour Zapatero.

Face à un événement grave, le premier réflexe est de chercher des explications et la première erreur de l’institution en charge de la sécurité est d’en fournir trop vite. En confondant réactivité et précipitation, le risque est grand de se tromper, de donner le sentiment de se défausser de ses responsabilités ou de paraître vouloir instrumentaliser l’événement. Il faut au contraire s’accorder le temps de la réflexion et de la vérification. C’est à l’évidence ce délai minimal auquel G. Bush s’est astreint le 11 septembre 2001 et dont J. Aznar a cru pouvoir s’exonérer le 11 mars 2004.  

Franck Gintrand – « Mieux comprendre les enjeux de la communication de crise : 12 analyses comparées »

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