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Partis centristes : orange du Modem contre bleu-blanc-rouge du Nouveau centre et de République solidaire

Paru le 25 juillet 2010 | dans Images du pouvoir
Rédigé par Franck Gintrand

Se démarquer de l’UMP oui, mais jusqu’où ?

C’est en 2006, avec le troisième (et dernier) logo de UDF que Le orange fait sa première apparition dans le paysage politique français. Un choix inattendu pour une rupture sans appel. Plus question de reprendre les couleurs nationales qui caractérisaient l’UDF des origines (comme le RPR, hier ou l’UMP, aujourd’hui), ni le bleu exclusif de la « Nouvelle UDF » lancée en 1998. Lors du Congrès extraordinaire de Lyon,  François Bayrou fait approuver une motion définissant l’UDF comme un « parti libre et indépendant » de la droite et de la gauche. Le Modem lancé dans la foulée des présidentielles de 2007 – et qui va se substituer à l’UDF – s’inscrit dans la même philosophie, celle d’un centrisme qui se veut surtout affranchi de la majorité UMP mais aussi réfractaire à une certaine gauche, jugée trop radicale.

Lorsque le Modem en fait sa couleur, le orange n’a pas d’histoire. Ou presque.  Si le orange est la couleur sacrée de l’hindouisme (1), Le mot « orangé » n’apparait qu’au XIVe siècle (2). La couleur est produite en petite quantité et rarement utilisée. Le mélange  nécessaire à sa production est difficile et vire facilement au noir. Si ces difficultés techniques sont surmontées au XIXe siècle, il faut attendre le design flashy des années 70 (et la « carte orange » en 1975) pour que le orange devienne tendance. Après une période de rejet dans les années 80, la couleur resurgit dans les années 90 et acquiert une nouvelle visibilité en France au début des années 2000 avec le rachat de la marque Orange au groupe Vodafone par France Telecom. Mais ce n’est qu’en 2004 que la couleur acquiert un sens politique, celui de la liberté, avec la célèbre « révolution orange » ukrainienne. Le symbole est repris en France par le Modem mais aussi par d’autres partis en Israël, au Liban et en Corse (3).

Mais si le Modem mise sur la rupture avec le orange, les autres partis centristes restent, eux, dans un univers de couleur qui les ancrent clairement à droite : le bleu-blanc-rouge.  Cet ancrage étant affirmé, tout est ensuite question de dosage et de dégradé. La nuance est importante pour deux mouvements qui chassent le même électorat : le Nouveau centre et République solidaire. Le nouveau centre, créé par d’anciens élus UDF en désaccord avec la stratégie de François Bayrou, choisit un rouge moins soutenu et un bleu plus clair que le logo de l’UMP. Qui plus est, le logo centriste accorde plus de place au bleu qu’au rouge quand celui de l’UMP cultive l’équilibre et l’allusion directe au drapeau français. Dominique de Villepin fait un autre choix pour République solidaire, le nouveau parti qu’il vient de lancer en juin dernier. Son logo utilise un bleu et un rouge aussi soutenus – voire plus foncés - que ceux du logo de l’UMP. Mais la marque distinctive du logo de République solidaire est ailleurs : elle est dans le blanc qui, à la différence des logos du Nouveau centre et de l’UMP, domine largement. Fruit de l’inconscient ou volonté délibrée ? Depuis toujours, la couleur incarne la pureté, la virginité, l’innocence. Une sacrée promesse, a fortiori en politique.

(1) Le petit livre des couleurs – Michel Pastoureau et Dominique Simonnet – 2005; (2) Orange (couleur) : article de wikipedia; (3) idem

> A lire « L’image de marque des partis politiques français » – Peter Gabor

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