Analyses

AccueilAnalysesCampagnes électoralesCrisesCrises politiquesAffaires politiques : Mediapart symbole d'une presse internet déchaînée ?

Affaires politiques : Mediapart symbole d'une presse internet déchaînée ?

Paru le 20 juillet 2010 | dans Crises politiques
Rédigé par Franck Gintrand

Un site qui reste encore une exception

Les sites internet d’information comme Bakchich.info, Rue89 ou Le Post seraient-ils aujourd’hui à l’origine de la plupart des affaires politiques comme pourrait le laisser penser le rôle joué par Mediapart dans l’affaire Woerth-Bettancourt ? La réponse est clairement non. En tout cas, pour l’instant.

C’est encore à un journal de la presse écrite, Le Canard Enchaîné, que l’on doit la plupart des révélations récentes : train de vie de plusieurs des ministres (Rama Yade, Christian Blanc, Alain Joyandet), occupation d’un appartement parisien à des conditions avantageuses par le directeur de cabinet du ministre du Logement, indemnité de Christine Boutin au titre d’une mission très discutable sur la mondialisation… Autant de scoops qui s’ajoutent à un tableau de chasse déjà bien fourni par les diamants de Bokassa en 1979, les avions renifleurs en 1983, les écoutes de l’Elysée en 1993 ou encore l’appartement d’Hervé Gaymard en 2005.

Sur internet, seul Mediapart a la volonté et les moyens de pratiquer un journalisme très offensif vis-à-vis du pouvoir, comme Le Monde des années 90. L’affaire Bettencourt-Woerth fait d’ailleurs suite à la publication des PV des déclarations du trader Jérôme Kerviel et aux premières révélations sur la caisse noire de l’IUMM sur lesquelles le quotidien écrit a aussi fait des révélations. Si la référence n’est pas revendiquée, elle n’en est pas moins réelle et ne doit rien au hasard. L’actuel dirigeant de Mediapart, Edwy Plenel, a été responsable de la rédaction du Monde de 1996 à 2004. C’est lui qui, durant cette période, a privilégié un journalisme d’investigation et de contre-pouvoir, avec des réussites indéniables comme l’affaire du Rainbow Warrior en 1985, mais aussi de sérieux dérapages comme l’implication supposée (et finalement démentie par la justice) de Dominique Baudis dans l’affaire Allègre.

L’objectif de Mediapart est d’atteindre son point d’équilibre à 75 000 abonnés. Est-ce bien réaliste dans la mesure où le site n’en comptait l’année dernière que 16 000 ? C’est en tout cas l’objectif d’Edwy Plenel pour 2011. Plus encore que pour Bakchich.info, dont le modèle économique repose également sur le refus de la publicité et un accès payant mais dont les frais de structures sont moins élevés, Mediapart est engagé dans une course contre la montre pour prouver la justesse de ses choix d’ici la prochaine présidentielle. Une bonne raison pour persévérer dans la révélation de nouveaux scandales.

Jusque-là le journalisme des autres sites d’information, gratuits ou non, est loin d’être aussi offensif que celui de Mediapart, par manque de moyen, mais aussi sans doute par prudence. L’audience médiatique dont bénéficie Mediapart grâce à l’affaire Woerth-Bettancourt pourrait inciter les autres sites à durcir leur ligne éditoriale. Cette hypothèse n’a en tout cas rien d’improbable lorsqu’on lit les titres du jour (20/07/10) sur les principaux sites d’information :  »Que dit Pinocchio à la FIFA » pour Le Post,  »voyage ordinaire aux frais de la Pécresse » pour Rue89 ou  « L’affaire de sous-marins sur laquelle mise Sarko » pour Bakchich.info. Ce qui est sûr c’est, que du côté de Mediapart, les déclarations de Xavier Bertrand sur les méthodes « fascistes » du journal ne changeront rien à l’intérêt du journal pour les dessous de la république. Le site faisait sa une aujourd’hui sur  »Karachi, l’autre affaire qui affole l’Elysée« .

Revue de presse

Les débats du moment