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Qu’est-ce qu’une juste rémunération pour un patron ? – Marianne – 03/08/10

Paru le 30 juin 2010 | dans Politique extérieure de l'entreprise
Rédigé par Franck Gintrand

Une question qui en pose une autre : qu’est-ce qu’un bon patron ?

Une nouvelle loi japonaise vient de contraindre Renault à révéler la rémunération de Carlos Ghosn pour le dernier exercice de Nissan (6,8 millions d’euros). Cette rémunération additionné à la rémunération versée par Renault (1,4 millions) fait de Carlos Ghosn le mieux payé des patrons français, loin devant le PDG de Danone désormais relégué en seconde position. 

Alors que la plupart des PDG du CAC 40 ont vu leur rémunération baisser de 7% en en 2009, cette nouvelle aurait pu susciter une bronca médiatique. Heureusement pour Carlos Gohn, Renault n’a pas de plan de licenciement ou de délocalisation en projet. L’entreprise vient, au contraire, d’annoncer son choix de relocaliser  la prochaine version du véhicule utilitaire Trafic à Sandouville (Seine-Maritime), actuellement fabriqué en Espagne et en Grande-Bretagne.

Car l’intérêt des médias pour la rémunération des patrons reflète la responsabilité sociale de l’entreprise vis-à-vis de ses salariés et plus largement de l’opinion publique.

Depuis la médiatisation des stock-options attribuées à Philippe Jaffré en 1999, la question de la rémunération des patrons est devenu un sujet de société à part entière. Après la confiscation du « golden parachute » de Jean-Marie Messier en 2002 et la retraite-chapeau de Daniel Bernard en 2005, la polémique est repartie en 2007 avec les exigences d’Antoine Zacharias puis, en 2008, avec l’affaire des stock-options de Noël Forgeard. Plusieurs réformes (dont la loi NRE et la loi Clément-Breton) n’y ont rien changé. Bien au contraire : en instaurant et en renforçant la transparence sur un sujet autrefois tabou, l’obligation de publier et détailler les rémunérations des dirigeants a brusquement mis en évidence des montants parfois difficiles à justifier. 

Contrairement à une idée reçue, l’intérêt croissant des médias pour la rémunération des patrons n’a rien de spécifiquement français. Le sujet fait l’objet de nombreuses interrogations dans la plupart des pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis où l’entreprise, l’argent et la réussite constituent des valeurs centrales et positives. Bien sûr, les montants des salaires des dirigeants peuvent être impressionnants, mais ils ne le sont guère plus que le revenu de certaines stars du show-business ou… du monde sportif. En fait, ce qui pose problème, c’est la question du bien-fondé de la rémunération des patrons. Les règles qui fixent ces montants ne sont ni claires ni forcément crédibles pour les médias. S’agit-il de s’aligner sur les salaires des patrons d’autres pays ? Mais existe-t-il vraiment un marché mondial des dirigeants ? S’agit-il de rémunérer un risque lié à la précarité de la fonction ? Mais dans ce cas, le risque couru par les patrons est-il plus important que pour les salariés ? Ou s’agit-il de rémunérer la capacité du dirigeant à remplir son rôle ? 

Dans cette dernière hypothèse, encore faudrait-il que chacun s’accorde sur ce que doit être le rôle d’un dirigeant et sur ce qui fait un bon patron. Pour les actionnaires, il s’agit bien entendu de la capacité du dirigeant à augmenter la valeur économique et boursière de l’entreprise. Mais pour l’opinion publique, la définition d’un bon patron ne peut pas être axée que sur des résultats financiers et économiques. Chaque entreprise doit montrer comment elle concilie la rémunération de son dirigeant avec sa performance économique et sa politique de l’emploi. Dans le secteur privé, comme dans la sphère politique, la contradiction entre un train de vie ostentoire au sommet et des sacrifices imposés à la base peuvent être dévastateurs. Autrement dit, une rémunération comme celle du patron de Renault n’est concevable et acceptable que dans la mesure où l’entreprise se porte bien et maintient l’emploi en l’état. Une évidence que les dirigeants commencent progressivement à intégrer.

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