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« Qu’est-ce qu’un riche ? » : les politiques piégés par les médias

Paru le 28 juin 2010 | dans Images du pouvoir
Rédigé par Franck Gintrand

Un sujet risqué…

Qu’est-ce qu’un riche ? La question est sensible, a fortiori dans un pays comme la France. En 2007, en pleine campagne présidentielle, François Hollande s’était retrouvé isolé en affirmant qu’il fallait « taxer les riches », soit ceux qui gagnent « plus de 4 000 € net par mois ». Rebelote en 2010. Destinée à garantir l’équité de la réforme des retraites, la mise à contribution des plus hauts revenus soulève à nouveau la question.

De façon générale, le clivage droite-gauche est très net. Du côté de l’UMP, Gilles Carrez et Marc Laffineur fixent le seuil à 11.000 euros, Alain Lambert à 8.000 euros et François Baroin, ministre du Budget, entre les deux. Côté PS, la fourchette se situerait plutôt entre 4.000 € (François Hollande) et 5.800 euros (Henri Emmanuelli). Certains politiques boivent carrément la tasse, la plus belle boulette étant, sans doute, celle de Laurent Fabius qui fixe la niveau de richesse, sensiblement plus haut que ses collègues, à 8.000 € net par mois.

Quelques-uns sont plus prudents (ou plus retors). Pour Dominique Paillé, les riches sont « les 10% des revenus les plus aisés », pour Jean Arthuis « le riche, c’est celui qui gagne plus que vous » tandis que pour Xavier Bertrand (Secrétaire Général de l’UMP) ce ne sont « ni les classes moyennes, ni les classes moyennes supérieures ».

Rares sont ceux qui évoquent la question du patrimoine comme l’eurodéputé socialiste Liêm Hoang-Ngoc et encore plus rares ceux qui soulignent la nécessaire prise en compte du lieu d’habitation, de la situation de famille…

Car la définition de la richesse relève évidemment de la question piège, y compris à droite. Le républicain Mc Cain est bien placé pour le savoir. Lors des dernières présidentielles, il avait déclaré qu’on était riche à partir de 5 millions de dollars. Son adversaire, Obama avait alors ironisé : « Je suppose que dans ces conditions, si vous gagnez trois millions par an, vous appartenez à la classe moyenne ! »

Face aux médias qui attendent des réponses courtes, la communication d’un chiffre faisant abstraction de la diversité des situations relève d’un exercice à haut risque. Mieux vaut, sans doute, s’en tenir à une évidence dont chacun conviendra aisément : « le riche c’est celui qui l’est plus que l’autre ».

  • On lira avec plaisir l’analyse de Nicolas Quint sur « Résultats d’exploitation » tout en notant que la caractère très fouillé de sa démonstration aboutit à cette même évidence :  »la  notion de richesse est subjective et tant elle recouvre des réalités différentes. »

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