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Modem et UDI : les deux familles centristes

Paru le 27 mai 2010 | dans Stratégie et communication politiques
Rédigé par Franck Gintrand

Depuis l’élection présidentielle de 2007, l’audience électorale du Modem (Mouvement Démocrate) s’est effondrée aux régionales de 2010 (4,2 % des voix) avant de friser la barre de 10% aux présidentielles de 2012 puis de retomber à 2,7% aux législatives (ce score étant à comparer au 7,61 % des suffrages exprimés aux législatives de 2007).

A l’origine de ce déclin, un décalage croissant entre une partie de l’électorat centriste et François Bayrou sur la question du rapprochement avec la gauche. Les Européennes peuvent-elles changer la donne ? Les deux familles centristes, aujourd’hui créditées du même poids électoral – environ 10% – veulent le croire et préparent un rapprochement. Sur le papier, celui-ci n’a rien d’absurde.

Stratégie politique

Sur les alliances, 33 % des sympathisants Modem souhaitent (en seconde intention) qu’il s’allie avec le Nouveau Centre, dirigé par actuel ministre de la défense Hervé Morin (BVA, novembre 2010).

Sur une représentation politique distincte de l’UMP, la position des électorats du Modem et de l’UDI convergent naturellement.

Sur le dépassement du traditionnel clivage droite-gauche, les électorats du Modem et de l’UDI divergent fortement. En 2009, 52 % des sympathisants du Modem pensaient que le parti de François Bayrou « devrait dépasser les clivages droite-gauche » et 39 % souhaitaient que dans son « intérêt », le Modem « reste indépendant » (BVA, novembre 2009).

Idéologie

Sur l’économie. les trois électorats ont des idées libérales et une conception minimaliste du rôle de l’Etat, même si le Modeme semble légèrement en retrait par apport à l’UDI et à l’UMP  (Ifop, 2013). Cette proximité idéologique sur l’économie se manifestait déjà en 2010 dans la priorité donnée par les électeurs centristes à la lutte contre les déficits publics et à « l’allongement de la durée de cotisations des retraites » (Ifop, mai 2010). Mais concernant les impôts, l’électorat du Modem est beaucoup plus réservé sur le caractère « confiscatoire » de la fiscalité sur les revenus les plus élevés alors qu’UMP et UDI jugent cette fiscalité largement excessive (Ifop, 2013).

Sur les questions de société, l’électorat UMP est plus préoccupé par « l’assistanat », l’immigration et l’insécurité que les électorats UDI et Modem. Ceux-ci sont à l’inverse plus ouverts sur le mariage entre personnes de même sexe ou le vote des immigrés.

Sur l’Europe, centristes de l’UDI et du Modem sont plus prompts que les électeurs de l’UMP à considérer l’Union Européenne comme une chance pour la France.

Personnalités

Sur les personnalités politiques susceptibles d’incarner le centre, François Bayrou est perçu plus à gauche qu’à droite par les sympathisants de son mouvement . Certes, 45 % d’entre eux situent le leader centriste « ni à droite ni à gauche ». Mais, ils sont 37 % à le situer « plus à gauche qu’à droite » contre seulement 13 % à le situer « plus à droite qu’à gauche » (Ifop, septembre 2009). La désaffection de l’électorat pour Bayrou se lit dans tous les chiffres. Seuls 16 % des sympathisants Modem souhaitent le voir « se porter candidat à la présidence de la République ». Dans un récent sondage sur les intentions de vote au premier tour des présidentielles de 2012 (Ifop, mars 2010), ils ne seraient que 32% à voter pour lui, le reste des sympathisants Modem se répartissant entre Martine Aubry (19% des voix Modem), Nicolas Sarkozy (14%), le candidat des verts (12%) et… Dominique de Villepin qui recueillerait 9 % des suffrages centristes.

La place est à prendre : toute la question maintenant est de savoir qui peut réellement la disputer à François Bayrou et si, face à ce risque, celui-ci ne tentera pas un léger recentrage… à droite.

http://www.huffingtonpost.fr/jerome-fourquet/les-electorats-du-modem-e_b_4000856.html?utm_hp_ref=fr-politique

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