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Impôts : positions de droite et positions de gauche

Paru le 17 mai 2010 | dans Focus
Rédigé par Franck Gintrand

Légitimité de l’impôt et légitimité de l’Etat sont indissociables.

En matière de fiscalité, le débat finit toujours par se résumer à « une gauche qui veut faire « payer les riches » et une droite qui veut « moins d’impôts ».  Mais l’acceptabilité de l’impôt n’est pas seulement fonction d’un certain rapport à l’argent et aux inégalités : elle est aussi étroitement corrélée à la perception du rôle de l’Etat.

Résignés ou convaincus ? Sans doute les deux à la fois. Selon un sondage réalisé en juin dernier, les Français se déclarent « prêts à faire un effort pour redresser les finances publiques ». Bien sûr, on pourra une fois encore s’interroger sur la formulation des questions ou, comme certains observateurs, préférer souligner la volonté des Français de voir la dépense publique diminuer. Mais ces réserves n’y changent fondamentalement rien : dans une période où ils se disent par ailleurs très préoccupés par la baisse du pouvoir d’achat et l’augmentation de l’essence, les Français auraient tout aussi bien pu manifester leur ras le bol. Il n’en est rien.

Aux Etats-Unis où l’intervention de l’Etat est faiblement légitime, la revendication consistant à demander « moins d’Etat et moins d‘impôt » est dominante et la gauche doit faire preuve de beaucoup de persuasion et de ténacité pour imposer l’idée d’un nouvel impôt ou d’une nouvelle augmentation. L’opposition suscitée par la réforme de la couverture santé, y compris dans une partie du camp démocrate, en fournit un nouvel exemple. Pour vaincre les résistances, Barack Obama a du préciser que son plan était « entièrement financé », qu’il  »contriburait à réduire [le] déficit » tout en permettant de « faire baisser les coûts de la santé pour les familles et les entreprises ». 

En France, la légitimité de l’Etat, a fortiori dans des périodes de crise, confère d’emblée une légitimité à l’impôt. C’est d’autant plus vrai que les Français sont demandeurs de services publics, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. L’idée d’un « Etat gaspilleur » relève d’un discours libéral qui de François Léotard à Alain Madelin n’a jamais réussi à dépasser 10% lors. Les rapports annuels de la cour des comptes, qui fourmillent d’exemples de mauvaises gestions, ne suscitent au mieux que quelques mouvements d’indignations. Difficile de s’étonner dans ces conditions que le discours revendiquant « moins d’Etat et moins d’impôts » soit jusqu’à présent resté très marginal. Le mouvement libéral dirigé par François Léotard puis par Alain Madelin n’a jamais réussi à dépasser 10% des voix et s’est éteint dans l’indifférence générale en 2002. Son retour semble aujourd’hui improbable après l’essouflement de la révolution conservatrice et le retour en grâce des Etats à l’occasion de la crise de 2008.

Pour la gauche, l’impôt constitue depuis toujours un thème de campagne positif et offensif. Loin d’être un tabou, l’augmentation de la fiscalité, sur les revenus les plus élevés et les revenus du capital, est présentée comme une nécessité absolue. Pour la gauche, c’est l’impôt qui donne à l’Etat les moyens de son action en finançant les différents services publics. C’est lui aussi qui permet de réduire les inégalités, à la fois par une augmentation de la pression fiscale sur les revenus les plus élevés et par le jeu de la redistribution des ressources vers les revenus les plus modestes. C’est également l’impôt qui peut soutenir ou relancer l’économie en période de crise.

Mais, une fois au pouvoir, la position de la gauche tend à se rapprocher de celle de la droite. Alain Juppé engage un programme de réduction de l’impôt sur le revenu en 1997. Mais c’est Laurent Fabius, ministre de l’Economie de Lionel Jospin, qui en maintent le principe, un principe réaffirmé par Jacques Chirac en 2002, puis par Nicolas Sarkozy en 2007. Sur ce point, c’est donc le refus d’augmenter les impôts directs qui prévaut depuis près de 15 ans.  La donne politique peut-elle changer ? C’est la question que soulèvent actuellement la légitimité du bouclier fiscal et la nécessité de trouver des solutions pour le financement des retraites. De fil en aiguille, la fiscalité pourrait ainsi se retrouver au coeur de l’affrontement droite-gauche lors des prochaines présidentielles.

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