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Quand les grandes figures de la politique sont des femmes : l’exemple de l’Asie

Paru le 30 mars 2010 | dans Images du pouvoir
Rédigé par Franck Gintrand

Elles sont souvent issue de grandes lignées. La plupart ont fait leurs études à l’étranger dans les universités les plus prestigieuses. Elles fondent chacune leur légitimités sur le parcours politique et la réussite de leurs défunts pères ou maris. Elles n’ont aucun antécédent politique et sont « vierge de tous soupçons ».  Les dirigeants des partis pensaient pouvoir les contrôler facilement. Et ils se sont trompés…

Souvent des héritières

- Sirimavo Bandaranaike, Premier ministre du Sri Lanka à trois reprises : de 1960 à 1965, de 1970 à 1977 et de 1994 à 2000. Elle est l’épouse Solomon Bandaranaike, ancien premier ministre du Sri Lanka.

- Indira Gandhi, Premier ministre de l’Union indienne de 1966 à 1977, puis de 1980 à sa mort en 1984, fille de Jawaharlal Nehru, le premier Premier ministre de l’Inde.

- Benazir Bhutto,  Premier ministre de 1988 à 1990, puis de 1993 à 1996 du Pakistan, est la fille de Zulfikar Alî Bhutto, ancien premier ministre.

- Khaleda Zia, Premier ministre du Bangladesh de 1991 à 1996 puis de 2001 à 2006, femme du  président Ziaur Rahman.

- Sheikh Hasina Wajed, Premier ministre de 1996 à 2001, puis de nouveau à partir de 2009 du Bangladesh, fille du dirigeant nationaliste Mujibur Rahman, premier président de la République.

Inde : une image positive… et combative de la femme

Les liens du sang n’expliquent pas tout. Des facteurs culturelles contribuent à valoriser l’image de la femme et expliquent leur accession aux plus hautes fonctions politiques, en particulier en Inde

- La femme, en tant que mère et pilier de la famille sacrée, est considérée comme le fondement même de la société indienne.

- Dans la religion Hindou, la femme n’est pas seulement liée à la fécondité de la Déesse Mère. Elle possède aussi la combattivité de Durga Kali qui « crache du feu », image d’ailleurs utilisé par le parti nationaliste hindou BJP.

- Enfin ce qu’on vénère en la femme, c’est sa respectabilité, son honorabilité (sati), sa pureté absolue d’épouse, de mère, de centre de la famille. Elle suscite uniquement de la confiance.

Indira Gandhi à partir de 1966 privilégie trois images dans sa communication politique : la mère, Durga, et la nation elle même. Elle se présente comme la mère des Indiens en 1967 : « Votre fardeau est comparativement léger, parce que vos familles sont limitées et viables. Mais mon fardeau à moi est multiple, parce que des millions de membres de ma famille sont pauvres et que je dois m’occuper d’eux ».

Jayalalithaa Jayaram ministre en chef du Tamil Nadu de 1991 à 1996 puis de 2001 à 2006 utilise l’image maternelle. Elle se fait appeler « Amma » (qui signifie « Mère »). Elle est réélue le jour de la fête des Mères et commente son succès devant les journalistes : « Le peuple du Tamil Nadu me considère comme sa mère, donc je pense que cette victoire est appropriée. Seule une mère sait ce que son enfant désire, et je vais prouver que je suis une bonne mère ».

De nouvelles figures de la politique indienne

Dans les années 1980 on voit l’apparition de nouveaux types de femmes politiques, avec d’autres sources de légitimité que la famille, ou les représentations mythologiques. De plus, la politique se transforme à la fois en termes structurel et sociologique : les partis entreprennent de représenter certaines communautés définies par leur religion, leur langage ou leur caste. On a alors un renouvellement du personnel politique, en particulier dans les assemblées législatives des Etats, où on a l’apparition des basses castes.

Deux femmes en particuliers incarnent cette montée des basses castes :

- Mayawati, ministre en chef de l’Uttar Pradesh en 1995 et 1997, puis de 2002 à 2003, c’est une intouchable, institutrice, célibataire. Elle n’est l’héritière de personne.

- Rabri Devi, ministre en chef du Bihar de 1997 à 1999 puis de 2000 à 2005 est l’anti-Mayawati. C’est une femme traditionnelle, femme au foyer, mariée à quatorze ans, mère de neuf enfants et devient ministre en chef grâce à son mari, Laloo Prasad Yadav qui est le président du « Front du peuple National ». Il a été emprisonné pour une affaire de corruption, il ne peut dont plus exercer cette fonction de ministre en chef. Ce qui fait la différence avec les « héritières », c’est que Rabri Devi vient d’une très basse caste et est à la limite de l’illettrisme et donc c’est son mari qui exerce le pouvoir à travers elle.

On a aussi un nouveau type de femmes politiques, les stars du cinéma :

- Jayalalithaa Jayaram ministre en chef du Tamil Nadu de 1991 à 1996 puis de 2001 à 2006. C’est une ancienne actrice vedette du cinéma indien. Néanmoins maitresse reconnue d’un ancien ministre en chef indien.

On arrive donc a une certaine démocratisation des femmes en politique. Cela est aussi dû au mouvement féministe internationale dans les années 70, avec l’année de la femme en 1975 qui ouvre la décennie de la femme (75-85). Cela donne lieu à la préparation d’un rapport sur la situation des femmes en Inde (Towards Equality) par un comité crée En 1971 (CSWI : Committe on the Status Of Woman in India).

Franck Gintrand et Vincent Foch

Sources :

  • Third World Quaterly de Rounaq Jahan
  • Les femmes et le pouvoir executive en Inde  de Stéphanie Tawa Lama-Rewal
  • Wikipédia
  • Ces femmes super-puissantes  tiré de l’Economiste magazine numéro 21 (Mars 2010)

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