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« Folie fiscale des régions » : l’échec d’une campagne très réussie

Paru le 29 mars 2010 | dans Elections
Rédigé par Franck Gintrand

Un thème a priori porteur, une campagne bien menée, un échec incontestable

Malgré une campagne murement réfléchie, la critique de la fiscalité des régions socialistes par l’UMP n’a jamais vraiment trouvé d’écho.

La décision de l’UMP d’axer sa campagne régionale sur la « folie fiscale » des régions socialistes remonte à 2006. Empruntant le ton des « contribuables associés » et des dossiers du magasine Capital sur le gaspillage des collectivités locales, une première édition du « livre noir des régions socialistes » dénonce l’inflation des budgets et des impôts régionaux. Après une seconde et troisième édition en 2007 et 2008, un ultime rapport est programmé pour novembre 2009, à quatre mois des élections régionales.

Suivant une méthode qui a fait ses preuves, la communication est centralisée et déclinée en plusieurs phases. Le 28 octobre, Paris Match révèle que « l’UMP peaufine le livre noir des régions ». L’article reprend quelques exemples de dépenses jugées inutiles voire ostentatoires dans six régions : « défilé bagadou sur les Champs-Elysées » organisé par la région Bretagne, « cigares du pharaon Gewerc » payés par le contribuable picard, « Palais impérial destiné à abriter la région dirigée par Jean-Jack Queyranne » … Le 18 novembre, « Le livre noir » arrive dans les rédactions.  Au menu : des chiffres. Beaucoup de chiffres : augmentation de 34% de la taxe sur le foncier bâti, de 33 % de la taxe sur les cartes grises, de 54% de la taxe professionnelle, de 85% des dépenses de fonctionnement…  Et Roger Karoutchi de préciser : « au total, ce sont 6,5 milliards d’euros d’impôts régionaux supplémentaires qui sont prélevés chaque année sur les contribuables ce qui représente 101 € supplémentaires par Français ». Deux jours plus tard, le Président de la république enfonce le clou dans une interview fleuve au Figaro en fustigeant « la folie fiscale » des régions. L’expression est reprise dans la foulée par l’UMP qui dévoile le « Palmarès 2009 de la folie fiscale des régions » et les trophées « Satanas » remis aux présidents de région les plus dispendieux. Fin novembre, Xavier Bertrand boucle la démonstration. Le président de l’UMP résume le message de la majorité et s’engage au nom de toutes les listes régionales à faire le contraire de la gauche : « l’UMP n’augmentera pas les impôts dans les régions ».

Dans un contexte économique difficile, la fiscalité semble un angle d’attaque idéal pour mettre la gauche sur la défensive. La campagne entend surfer sur un ras-le-bol des impôts (en tout cas chez ceux qui en paient), l’absence d’image des conseils régionaux (dont personne ne connait vraiment ni les compétences, ni les réalisations), la réputation dépensière des collectivités locales (dénoncée chaque année par le magasine Capital) et le déficit d’image de la gauche en matière de gestion. En déclarant ne plus vouloir augmenter les impôts dans les régions, la majorité présidentielle se donne surtout les moyens de mobiliser son électorat. Son engagement est cohérent avec la défense du pouvoir d’achat et la stabilisation de la pression fiscale à laquelle s’astreint l’Etat depuis plusieurs années. Enfin, cet engagement n’a rien d’improvisé puisqu’il a été précédé par la critique régulière et constante de la dérive fiscale des régions dans les différentes éditions du « Livre noir ».

Et pourtant, dans les quinze premiers de décembre, le constat d’échec semble évident. Le débat ne s’est même pas essoufflé. En fait, il n’a jamais vraiment pris.

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