Analyses

AccueilAnalysesFabrique de l'opinionExpertisesCommunicationPhilippe Michel selon Jean-Marie Dru

Philippe Michel selon Jean-Marie Dru

Paru le 17 janvier 2010 | dans Communication
Rédigé par Franck Gintrand

Eloge d’un grand à un autre grand

Sur la mémoire collective

« (…) On connaît la quête insatiable de l’idée qui était sienne. Quoi qu’on lui montre ou lui propose, un projet, une création, une stratégie, une seule question l’intéressait, le taraudait : « c’est quoi l’idée ? » A force de demander, il a fini par en donner cette très belle définition, qui relie la mémoire au désir. C’est vrai que la publicité est un catalyseur de souvenirs. Elle crée une mémoire à la fois intime et collective. De là vient que nous nous souvenons tous de Myriam. Pour Philippe une publicité c’est un « objet mental », (ce sont ses propres mots) qui crée une déflagration dans le cerveau… un objet mental donc, qui fait le vide autour d’elle et laisse la place à l’idée nouvelle. Il ne fallait pas lui parler de code ou d’image de marque. La réaction était immédiate. Et violente. Pour lui, le code est la chose la plus stupide qui ait été inventée en matière de publicité car, la forme n’est pas le fond et le code n’est pas l’idée. A une époque où tout le monde parlait d’image de marque, de capital de marque, de comment construire son image, il aimait répéter : « La publicité n’est pas là pour donner une image, la publicité est là pour donner une idée (…) ».

Sur la conception du métier de publicitaire

« (…) On a prêté de nombreuses vies à Philippe, on lui a inventé de multiples personnages : père naturel de Steve Jobs, double de Konrad Lorenz, fils naturel de Saint-Simon, séducteur à la solde des Américains, rédacteur du petit livre rouge, version française de Warren Beatty. On l’aurait plus difficilement imaginer en banquier. Pourtant, Philippe revint un jour de BBDO New York avec une nouvelle idée : l’agence était une banque d’affaires. Pour lui, les agences de publicité conventionnelles ressemblent toutes désespérément à de petites banques commerciales. Il voulait être aux autres agences ce que les banques d’affaires sont aux banques commerciales. Pour cela il aurait suffit de créer à quelques uns le maximum de richesses au travers des idées, la valeur de l’idée étant rapportée directement à l’argent qu’elle rapporterait. On paie toujours trop cher les images, jamais assez cher l’imagination. Pour Philippe, la publicité, quand elle est digne de ce nom, ouvre les marchés, défait les monopoles, accélère les mutations : pour Philippe, elle rend le capitalisme jubilatoire (…)».

Sur ses amis

« Ce que je sais, et ce sera ma conclusion, c’est qu’il a suscité des amitiés incomparables. Je pense à Bernard Roux qui était si proche de lui. Je pense à Benoît Devarrieux , cet être aussi paradoxal que l’était Philippe. Benoît eut, après sa disparition, l’extrême délicatesse de demander à Isabelle la permission de rejoindre CLM. Je pense aussi à tous ces gens de CLM que je ne connais pas et qui l’aimaient profondément. Philippe était habité et je souhaite à son successeur à la tête de son agence, je veux parler de Christophe Lambert, de l’être tout autant. Avant de conclure, je voudrais remercier Grégoire Delacourt pour son idée, son hommage à Philippe sous forme d’affiche. Ce visage si familier, cette ironie qui ne l’a jamais quitté, toute cela est revenu en un instant parmi nous. Philippe a constitué une communauté nomade, artistique, spirituelle, qui ne ressemble en rien à la société comme on la connaît, avec ses blocages, ses pesanteurs, ses frontières, et qui montre aux entreprises et aux institutions que l’impossible est toujours possible. Cette communauté nomade et secrète, Philippe l’anime encore : elle rassemble toujours Olivier Bensimon, Jean-Claude Lacoste, Philippe Chatillez, Gérard Jean, Jean-Claude Cheval, Marie-Catherine Dupuy et, plus récemment, Benoît Devarrieux, Etienne Chatillez, Pierre Ber-ville, Rémi Noël, Gilles Soulier, Lucie Pardo, Hervé Chadenat, Pascal Manry, Bruno le Moult, Pascal Mida-vaine, Philippe Chanet, Serge Fichard, Capucine Chotard, Eric Holden… et bien sûr Grégoire Delacourt (…)».

Extraits de l’hommage de Jean-Marie Dru à Philippe Michel

> Sur Philippe Michel

 

Revue de presse

Les débats du moment