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Primaires au Parti socialiste : oui mais quand ? – Rue89 / 30 novembre 2009

Paru le 1 décembre 2009 | dans Présidentielles
Rédigé par Franck Gintrand

Article publié par 

Les candidats à la candidature doivent-ils donner du temps au temps ? Pas forcément…

L’organisation de « primaires ouvertes » sera une première en France. Une manière de bousculer le Parti socialiste et ses militants plongés dans un profond coma depuis l’échec de Ségolène Royal à la présidentielle. Mais si le principe de ces primaires est acquis, aucun calendrier n’a encore été fixé. Et pour cause ! Des primaires tardives vont dans l’intérêt des éléphants. Au contraire des quadras comme Pierre Moscovici ou Manuel Valls, les candidats les plus connus ont besoin de donner du temps au temps.

Ainsi, François Hollande a besoin de temps pour devenir objet d’un « désir d’avenir ». L’homme est intelligent mais il lui faudra briser l’armure pour que sa pudeur naturelle ne se transforme pas définitivement en handicap.

Dominique Strauss-Kahn semble aujourd’hui le mieux placé. Mais son statut de candidat le plus crédible ne lui permettra pas de gommer un positionnement centre-droit particulièrement handicapant pour passer le cap des primaires. Il a donc, lui aussi, besoin de primaires tardives afin de résoudre cette délicate quadrature du cercle. 

Même difficulté pour Bertrand Delanoë. Très populaire auprès des Français, il l’est beaucoup moins au sein de sa famille politique, comme l’a montré son échec au Congrès de Reims. Autre faiblesse : c’est le seul de l’ancienne génération à avoir un déficit de crédibilité du fait de son absence d’expérience nationale. Delanoë n’existait pas avant Paris ; à lui de prouver qu’il peut exister après.

De son côté, Martine Aubry a réussi à s’imposer. Mais elle doit désormais concrétiser l’essai en incarnant la rénovation tant annoncée. Son pari ? Une « heureuse surprise », au soir du deuxième tour des régionales, qui mettrait un terme à la spirale de la défaite.

Quant à Ségolène Royal, si elle traverse une mauvaise période, c’est la seule au PS à avoir un véritable lien affectif avec les Français. Pour corriger une communication brouillonne et mettre fin à la stratégie de victimisation dans laquelle elle s’enfonce, il lui faudra faire un travail sur elle-même qui, là aussi, demandera du temps.

La génération des quadras n’a pas besoin de plus de temps

Si des primaires tardives semblent favorables aux éléphants, il en va autrement pour les quadras. La jeune génération n’a pas besoin de temps car elle sait qu’elle est, de toute façon, perdante sur le terrain de l’expérience.

A l’exception de Pierre Moscovici, les quadras sont handicapés par la faiblesse de leurs carrières nationales. La faute à de longues années passées sur les rangs de l’opposition, si l’on excepte le gouvernement Jospin de 1997-2002.

Comme il aime à le rappeler, Pierre Moscovici est le seul à avoir été ministre. Mais il sait que, pour lui comme pour ses concurrents directs, l’essentiel se jouera dans les rangs des militants et sympathisants. En toute logique, il a donc créé Besoin de gauche pour rassembler une famille de pensée qui entend, à l’image des démocrates américains, se servir à fond de l’outil internet.

En tant que porte-parole du PS, Benoît Hamon dispose de la meilleure position pour se faire connaître et construire une crédibilité qui reposait jusqu’alors seulement sur son mandat de parlementaire européen, mais son positionnement très à gauche pourrait bien se révéler un handicap au moment des primaires.

Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire et Secrétaire national à la rénovation, s’est surtout fait connaître pour sa défense de la VIe République : un combat qui lui colle à la peau sans avoir jamais pris dans l’opinion. De même, son club Rénover maintenant manque d’un positionnement clair et de visibilité.

En termes d’image, Arnaud Montebourg souffre, comme son compère Vincent Peillon, du syndrome de l’avocat : tentation oratoire, intellectualisme, condescendance.

Un but : court-circuiter Ségolène Royal

Reste Manuel Valls, le quadra qui dispose sans doute du plus d’atouts. Le député de l’Essonne et bouillonnant maire d’Evry fait certes état d’une expérience exclusivement locale mais il s’est forgé une vraie légitimité sur les problèmes économiques et sociaux contemporains. D’où une image de modernité et de compétence que beaucoup de quadras lui envient.

Le problème de Manuel Valls se situe plutôt dans la stratégie qu’il a adoptée, dont il n’est pas exagéré de dire qu’elle semble conçue en dépit du bon sens : Valls est parti à la conquête du centre et de la droite avant d’avoir consolidé son assise à gauche.

En outre, sa schizophrénie entre son image à l’externe et à l’interne contribue à brouiller sa trajectoire, tant le people en Une du très branché Technikart tranche avec l’homme capable de déclarations douteuses sur l’immigration.

Mais les quadras ont déjà gagné sur un point. Le concept des primaires ouvertes porté par Arnaud Montebourg et la fondation Terra Nova a été approuvée à 70% par les militants le 1er octobre. Et quel est le but de ces primaires ouvertes si ce n’est de tenter de court-circuiter Ségolène Royal, l’ex-candidate à la présidentielle ?

Aujourd’hui, personne n’est évidemment en mesure de dire qui l’emportera mais une chose est sûre : la date des primaires donnera l’avantage aux uns ou aux autres.

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