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Présidence de l'Epad : Jean et Nicolas sont dans un bâteau, qui tombe à l'eau ?

Paru le 26 octobre 2009 | dans Crises politiques
Rédigé par Franck Gintrand

Une sortie de crise ratée

Voulu par l’immense majorité de l’opinion, le retrait de la candidature de la candidature de Jean Sarkozy à la présidence de l’EPAD a été unanimement salué, à droite pour sa maturité, à gauche pour sa lucidité. Mieux, sa prestation télévisée a beaucoup impressionné. Pour Le Figaro, « Jean Sarkorzy a prouvé qu’il avait l’envergure d’un animal politique ». Pour RFI il était tout simplement « impeccable et juste sur la forme ». Quant à Midi Libre « Le jeune homme de 23 ans présenté comme immature en économie a fait preuve d’un grand sens politique, hier, sur France 2 ». Un avis partagé par Le progrès qui ne mesure pas ses compliments : « Du très grand art. Son père en plus blond, plus jeune et plus calme ». Et ce panorama des éloges n’est évidemment pas exhaustif.

Mais si cette sortie de crise, réussie dans la forme, était parfaitement ratée sur le fond ? Au risque de rappeler une évidence, c’est parce que la démarche du fils fragilisait le président auprès de son électorat naturel qu’il a été décidé, au terme d’une réunion entre conseillers politiques et conseillers en communication à l’Elysése, que Nicolas demande à Jean de retirer sa candidature. Après une stratégie de défense fondée sur l’attaque des médias accusés de parti pris et d’acharnement, il aurait été logique que la sortie de crise vise à remettre le président en selle et non qu’elle valorise le savoir faire politique de son fils. 

Dans une allocution télévisée, Nicolas Sarkozy aurait pu démontrer qu’il reprenait la situation en main en quelques points : 1) saluer la décision de son fils d’avoir voulu, en toute indépendance et en toute liberté, mettre son dynamisme et son talent au service de ses concitoyens; 2) insister sur le fait que cette initiative était fondée sur le seul attachement à l’intérêt général, la fonction n’étant pas rémunérée; 3) regretter que des considérations polémiques et passionnelles, pour ne pas dire partisanes, aient fini par occulter le sens de cette démarche en se fondant sur l’idée que les liens du sang seraient incompatibles avec la compétence et le talent; 4) constater qu’aujourd’hui les conditions n’étaient plus remplies pour que son fils puisse maintenir sa candidature et, le cas échéant exercer son mandat, avec toute la sérennité et l’adhésion requises; 5) annoncer que, dans ces conditions, il demandait à son fils de retirer sa candidature, que son fils avait accepté et qu’il l’en remerciait; 6) souhaiter que Jean Sarkozy continue à mettre son sens des responsabilité et de l’intérêt géénral au service de ses concitoyens ; 7) former le voeux que, désormais, les politiques et les médias se concentrent à nouveau sur les véritables préoccupations des Français.

Bref, en demandant à son fils de retirer sa candidature, le père aurait accrédité l’idée qu’il avait le dernier mot. Tel n’a pas été la stratégie retenue. Jean Sarkozy s’est au contraire employé à souligner qu’il avait pris seul la décision de retirer sa candidature, voire même que son père y était opposé et qu’il avait fallu le convaincre. Comme si dans cette histoire, le plus important consistait à sauver l’image du fils. Quitte à sacrifier le père en lui accolant l’image d’un président qui, pour la première fois de son mandat, sous prétexte de ne pas reculer sous la pression de l’opinion finirait par le faire sous celle de son fils. Une hypothèse à laquelle évidemment personne n’a cru un instant. Autrement dit, si Jean s’en est sorti (du moins dans l’immédiat), c’est quand même largement au détriment de Nicolas. Curieuse sortie de crise décidément…

Jean Sarkozy : « comment j’ai fait mon choix » Pour lire l’interview du Figaro, cliquez Ici

Franck Gintrand – « Le jour où une carrière politique peut basculer » (série d’analyses en cours)

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