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Avec Laurent Bigorgne, l'institut Montaigne et les think tanks français réussiront-ils à dépasser le mur de la communication ?

Paru le 18 mai 2009 | dans Communication
Rédigé par Franck Gintrand

Un avenir incertain

Prenant exemple sur la Grande Bretagne et les Etats-Unis, une trentaine de cercles de réflexion  français, le plus souvent de sensibilité libérale, se veulent des forces de propositions en matière de politique publique, indépendants des partis politiques et des administrations ainsi que des instances patronales et des organisations professionnelles. Faute d’être associés au travail des acteurs institutionnels, ils doivent néanmoins se battrent pour exister et voir leurs idées reconnues. Un travail essentiellement de communication. A moins que l’institut Montaigne réussise à devenir un partenaire officiel de l’Etat…

S’inspirant des think tanks anglo-saxons, les « réservoirs à pensée » français ont pris de l’ampleur dans les années 90 sous l’impulsion de grands chefs d’entreprise comme Claude Bébéar avec l’Institut Montaigne ou encore Christian Blanc, alors PDG d’Air France, avec L’ami public. Aujourd’hui, une vingtaine d’associations se présente comme des think tanks et ambitionne de peser sur les politiques publiques (réforme de l’Etat, compétitivité des entreprises…). Cette influence est-elle pour autant réelle ? Peut-être de façon indirecte. Mais, à la différence des anglo-saxons, les think tanks français n’ont pas réussi à s’imposer comme des partenaires officiels des décideurs publics. Seule exception : l’Institut Français des Relations Internationales, un des rares think tanks à disposer d’une équipe de recherche permanente.

En attendant mieux, les think tanks font de l’indépendance leur étendard et du marketing des idées le nerf de la guerre. Pour tenter d’émerger, une règle s’impose à tous : réfléchir c’est bien, être identifié comme un acteur influent c’est mieux. La communication de l’institut Montaigne est de ce point de vue un exemple. Afin qu’aucun doute n’existe sur leur paternité, les propositions de l’institut sont marketées dans les règles de l’art. Bien sûr, le think tank produit des « notes », « études » et autres « rapports ». Mais l’essentiel en matière d’image est ailleurs, dans un Vademecum 2007-2012 – Moderniser la France publié à l’occasion de la dernière élection présidentielle (curieusement après, et non pas avant), un Manifeste pour l’Europe élaboré en partenariat avec un think tank anglais ou encore une Charte de la diversite dans l’entreprise signée par les plus grandes entreprises et administrations françaises. Très actif en matière de relations presse, l’institut a également mené en 2008 une campagne de communication déclinant une proposition différente chaque jour, et ce durant trois mois, sur France 3, BFM TV, Paris Première et dans Le Monde (à voir ici). Autre outil clé, le site internet diffuse une intervention vidéo d’un membre de son Comité directeur, de son Conseil d’orientation, ou d’un de ses experts associés (la présentation de   »La minute Montaigne » est ici).

L’institut Montaigne peut-il aller plus loin ? Laurent Bigorgne en a l’intention. Choisi par Claude Bébéar fin 2010 pour succéder à l’éphémère François Rachline, le nouveau directeur veut faire de l’institut « un laboratoire d’expérimentation ancré dans le réel ». Pour l’instant, la méthode retenue reste aussi floue que l’objectif. L’institut veut « mettre en pratique directement certaines de ses propositions concernant les maisons de santé ou le travail en prison » ? Encore faut-il que le think tank obtienne l’accord et le soutien des ministères concernés, ce qui jusqu’à présent ne s’est jamais fait. De même quelle utilisation l’institut pourra-t-il bien faire d’une « levée de fonds » destinée à financer un « projet de grande ampleur » baptisé Agir pour l’Ecole (1) ? Là encore, le mystère reste entier. De deux choses l’une : soit l’institut  Montaigne a trouvé le moyen d’être le premier think tank généraliste mandaté par les pouvoirs publics, soit Laurent Bigorgne continue communiquer en déclarant sa volonté de faire autre chose que communiquer…  Une affaire à suivre, en tout cas.

(1) Challenges – Double je – 14 avril 2011

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