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L’image des hommes politiques de Barre à Obama

Paru le 6 janvier 2009 | dans Images du pouvoir
Rédigé par Franck Gintrand

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Des hommes sous pression : juste retour des choses ?

Les femmes politiques y verront-elles un juste retour des choses ? Un sondage réalisé par le magazine Optimum vient de classer 40 hommes politiques en fonction de leur style physique et vestimentaire. D’accessoire, le look des hommes politiques est en passe de devenir un sujet comme un autre.

Personne n’a vraiment vu le changement arriver : dans les années 80, la pression de la mode s’étend brutalement au genre masculin. Les annonces pour la sous-vêtements de la marque Dim commencent à donner des complexes. Conséquence logique, le jogging, les cosmétiques et les chaînes de vêtements pour hommes se développent. Reflet de ce changement : les magasines masculins. Jusque dans les années 80, la ligne éditoriale dominante de ces journaux est relativement simple : du sport, des filles et des voitures. Play boy constitue la référence internationale. Luiincarne la revue bien de chez nous. Mais tout change au milieu des années 90. Concurrencés par le net et privés du marché des bidasses avec la disparition du service militaire obligatoire, Lui met la clé sous la porte tandis que les ventes de Newlooks’effondrent. L’OptimumVogue Hommes InternationalMonsieur ou plus récemmentGQ, reflètent les nouvelles préoccupations des hommes. Des hommes toujours attachés à leur virilité mais désormais très soucieux de cultiver leur capital santé et leur look.

Les politiques sont priés de faire un effort. On ne leur demande pas de ressembler à des rock stars mais d’être un minimum présentable. L’élection de John Kenedy en 1961 et la candidature de Jean Lecanuet (surnommé « dents blanches ») au présidentielles de 1964 constituent les signes annonciateurs du primat des apparences. Mais le changement n’intervient vraiment qu’au début des années 80. L’heure du look a sonné. Pas celle du jeunisme. En 1981, les américains se choisissent un ancien acteur de 70 ans au sourire impeccable, Ronald Reagan, tandis que les Français élisent un socialiste, François Mitterrand, qui, à 65 ans, s’est enfin résolu à un petit limage des dents. Jack Lang fait sensation en costume Thierry Mugler, sans cravate mais avec col Mao. Pas vraiment à l’aise avec son image, Jacques Chirac fait de la résistance mais cède, à son tour, à l’air du temps en abandonnant ses lunettes à grosses montures noires.

Barre, Balladur ou Jospin, incapables de s’adapter à la nouvelle donne (ou d’en tirer les conséquences) passent à la trappe. La nouvelle ère du look ne se limite pas aux Etats-Unis et à la France. Tony Blair joue à fond la carte de la séduction et veille sur ses cheveux. Berlusconi, lui, teint les siens. Vladimir Poutine, une photo le démarque de Boris Eltsine (plus porté sur la bouteille que sur l’entretien de son corps) en le montrant torse nu et musclé, habillé simplement d’un treilli et de rangers, sur fond de forêt russe. Le regard est déterminé et le message sans ambiguïté : la Russie est (elle aussi) de retour et le premier qui rit s’en prend une. Porté au pouvoir par les élections législatives de 2004, le premier ministre espagnol Zapatero inuagure un style chic et décontracté. En France, les présidentielles de 2007 ne donnent pas l’occasion à Strauss-Kahn d’amortir son opération de la paupière tombante, ni à Villepin de capitaliser sur son apparition – pourtant très remarquée – en maillot de bain. Sarkozy affronte finalement une femme, Ségolène Royale, qui s’est totalement métamorphosée en quelques années. Elu, il doit corriger un style jugé « bling bling » et combat sa tendance à l’embonpoint en faisant du jogging. Même si on le voit moins courir ces temps-ci, le mot d’ordre est plus que que jamais d’actualité : ce n’est pas parce qu’on est au pouvoir qu’il faut se laisser aller.

Le look des hommes politiques est désormais devenu un sujet de presse. Dans son numéro du 19 septembre 2009, Libération analyse une photo de Frédéric Mitterrand à l’Assemblée nationale. Le journaliste, Gérard Lefort, n’y va pas avec le dos de la cuillère en commentant le look du nouveau ministre de la culture : «  A part un léger début d’embonpoint (Frédo, reprendre 12 fois des Ferrero Rocher, même quand on s’ennuie à une réception chez l’ambassadeur, ça n’est pas raisonnable), on s’arrête sur le pull en V. Au charme déroutant. Entre chic Old England et soucis de vieux garçon précocement frileux. Car, de mémoire, il ne faisait pas à Paris ce mardi-là une froidure telle qui justifia qu’on enfilât un pull sous sa veste. Cela dit peut-être sans manche. Pour comprendre, on peut s’hystériser en maman : Fred, si tu vas du côté de chez Palais Bourbon, n’oublie pas de mettre ta laine ! Injonction pas si bête, les couloirs du pouvoir étant infestés de vents mauvais plus porteurs de peste que de grippe A ». Fermez les guillemets ! De son côté, le sportif Dominique Fernandes délivre quelques conseils aux présidents français, américains et russe pour entretenir leur corps dans un article de Technikart intitulé « Les politiques sont-ils bien gaulés ? » (septembre 2009)

Plus complet encore : le dernier dossier de « L’Optimum » consacré aux hommes politiques les plus stylés (octobre 2009). Pour Emmanuel Rubin, qui anticipe les critiques sur « le périlleux diktat des apparences » et « l’enterrement du débat d’idées », la question mérite d’être traitée dans la mesure où il n’existe « pas de statut sans stature ». Selon un sondage de l’institut Isama commandé par le magazine, six hommes politiques se détachent du lot : Dominique de Villepin, Jack Lang, Bernard Kouchner, François Fillon, Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn. A l’exception de Villepin, ces hommes ont la particularité de figurer également parmi les personnalités préférées des Français. On trouve ainsi la confirmation que si la séduction est une forme de pouvoir, le pouvoir confère inévitablement un surcroit de séduction. C’est si vrai que les quadras du PS, pourtant plutôt « beaux gosses », sont jugés beaucoup moins « stylés » que leurs aînés.

Femmes et hommes n’ont pas toujours la même conception du « style ».Jack Lang (placé en 3ème position) est la personnalité qui suscite la plus grande unanimité chez les premières comme chez les seconds. Mais les hommes préfèrent le style de Strauss-Kahn et Villepin quand les femmes sont plus sensibles à celui de Kouchner et de Fillon. Autre différence : les femmes ont tendance à être plus indulgentes que les hommes sur la question des apparences. La personnalité la mieux notée par les femmes remporte un 6,06 tandis que celle qui arrive en tête chez les hommes n’emporte qu’un 5,78. Et cette tendance se vérifie sur l’ensemble du classement. Seule exception (mais elle est de taille) : Strauss-Kahn. Alors que le directeur du FMI est plébiscité par les hommes, les femmes se montrent beaucoup plus réservées. « Un phénomène troublant qu’on ne peut s’empêcher de relier aux frasques sexuelles du leader socialiste » selon Yves Derai.

Bref, jamais le charisme, ce mixte de personnalité et de style, n’a jamais été aussi important. Et ce n’est pas l’élection d’Obama qui va mettre moins de pressions sur nos hommes politiques…

Dans le numéro de mars de GQ, un petit guide permet de faire le point sur les codes actuels de la masculinité. Ce qu’il faut-il en retenir ? Essentiellement des fringues à ne pas porter et des attitudes à éviter. Curieusement, rien sur le physique. Bientôt un livre sur « L’homme d’aujourd’hui » ? Après les livres alarmistes de David Abiker (Le Mur des lamentations et Le Musée de l’homme) et d’Eric Zemmour (Le premier sexe), ce serait presque une mission de service public.

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