Analyses

AccueilAnalysesFabrique de l'opinionCorporatePolitique extérieure de l'entrepriseRémunération patronale : les ressorts du débat

Rémunération patronale : les ressorts du débat

Paru le 4 juin 2008 | dans Politique extérieure de l'entreprise
Rédigé par Franck Gintrand

 Un débat récurrent

L’intérêt croissant des médias pour la rémunération des patrons reflète de nouvelles relations entre les dirigeants et les actionnaires mais aussi entre les entreprises, les salariés et plus largement l’opinion publique.

Depuis la médiatisation des stock-options attribués à Philippe Jaffré en 1999, la question de la rémunération des patrons est devenu un sujet de société à part entière. Après la confiscation du « golden parachute » de Jean-Marie Messier en 2002 et la retraite-chapeau de Daniel Bernard en 2005, la polémique est repartie l’année dernière avec les exigences d’Antoine Zacharias et les stock-options de Noël Forgeard. Plusieurs réformes (dont la loi NRE et la loi Clément-Breton) n’y ont rien changé. Bien au contraire : en instaurant et en renforçant la transparence sur un sujet autrefois tabou, l’obligation de publier et détailler les rémunération des dirigeants a brusquement mis en évidence des montants parfois difficiles à justifier.

Contrairement une idée reçue, l’intérêt croissant des médias pour la rémunération des patrons n’a rien de spécifiquement français. Le sujet fait l’objet de nombreuses interrogations dans la plupart des pays occidentaux, à commencer par les Etats-Unis où l’entreprise, l’argent et la réussite constituent des valeurs centrales et positives. Bien sûr, les montants des salaires des dirigeants peuvent être impressionnants, mais ils ne le sont guère plus que le revenu de certaines stars du show-business et du monde sportif. En fait, ce qui pose problème, c’est la question du bien-fondé de la rémunération des patrons. Les règles qui fixent ces montants ne sont ni claires ni forcément crédibles pour les médias. S’agit-il de s’aligner sur les salaires des patrons d’autres pays ? Mais existe-t-il vraiment un marché mondial des dirigeants ? S’agit-il de rémunérer un risque lié à la précarité de la fonction ? Mais dans ce cas, le risque couru par les patrons est-il plus important que pour les salariés ? Ou s’agit-il de rémunérer la capacité du dirigeant à remplir son rôle ? Sans aucun doute. Encore faudrait-il que chacun s’accorde sur ce rôle et ce qui fait un bon patron. Pour les actionnaires, il s’agit bien entendu de la capacité du dirigeant à augmenter la valeur économique et boursière de l’entreprise. Mais pour l’opinion publique, la définition d’un bon patron ne peut pas être axée que sur des résultats financiers et économiques. Cette définition a trait aussi au rôle social du dirigeant, c’est-à-dire à sa capacité à mener une politique salariale équitable et à concilier performance financière et création d’emploi. Face à cette attente, l’exemplarité jouera un rôle décisif. Chaque entreprise devra de plus en plus montrer comment elle entend concilier performance économique et performance sociale. Certaines, comme la BNP, ont d’ailleurs engagé une communication en ce sens.

Revue de presse

Les débats du moment