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L’injustice vue par la droite et par la gauche

Paru le 4 juin 2006 | dans Focus
Rédigé par Franck Gintrand

Deux conceptions des privilèges.

Devenu moins pertinent sur bon nombre de sujets, le clivage droite gauche reste déterminant sur la définition de l’injustice et des inégalités. 

Selon un sondage de l’Ifop réalisé pour Ouest France en mai dernier, une majorité de Français ne perçoit pas – ou plus – de différence entre la gauche et la droite sur les grands problèmes et enjeux nationaux. Cette idée n’est pas seulement défendue par l’extrême droite. Elle est également partagée par une majorité des proches de l’UMP et du PS. On trouve ici une nouvelle confirmation de l’atténuation ou en tout cas du déplacement du clivage droite gauche observée depuis l’élection de F. Mitterrand et qui semble actuellement en voie d’accélération. Cette évolution est particulièrement frappante sur des sujets tels que le travail des femmes, l’homosexualité, l’euthanasie ou le suicide. Mais on observe également le développement d’un consensus sur l’immigration, l’insécurité ou la sévérité des juges qui divisaient encore récemment les électeurs de droite et de gauche. Au point que la question revient de plus en plus souvent : le clivage droite gauche recouvre-t-il encore un réel clivage d’opinion ?

Le clivage droite gauche se recentre aujourd’hui sur le thème de l’injustice sociale à travers une dénonciation des profiteurs, c’est-à-dire de ceux qui, dans un contexte économique difficile, sont réputés abuser de leur position. Pour la droite, ces profiteurs sont essentiellement les fonctionnaires et les bénéficiaires d’aides sociales. Les premiers se voient reprochés de jouir de privilèges injustifiés (comme la rémunération à l’ancienneté et les régimes spéciaux) tandis que les seconds sont soupçonnés se satisfaire de leur état. Pour la gauche, le problème des inégalités est ailleurs : les profiteurs sont avant tout les entreprises. Celles-ci se voient notamment reprocher de sacrifier l’emploi au profit et accusées de vouloir remettre en cause le droit du travail au nom de la flexibilité ou de la mondialisation. Ce clivage met face à face deux conceptions de l’injustice ou de l’inégalité qui, sans être absolument opposées, n’en constituent pas moins des priorités radicalement différentes. Même si dans un cas comme dans l’autre, on retrouve cette spécificité française : la demande d’une intervention accrue de l’Etat pour assurer une plus grande justice sociale.

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